samedi 18 mai 2013

Ne pas abandonner

Dans mon bref commentaire sur le 5e et dernier match, j'avais conclu par la phrase suivante : "Anderson, répétons-le une dernière fois, a été fumant et c'est l'histoire de la série, point barre." À regarder les données que j'ai colligées pendant ces 5 matchs, je reste donc sur mes positions; les Sénateurs sont passés par la grâce de leur gardien de but.

J'y reviendrai, mais j'aimerais d'abord m'attarder à ce qui me semble être la principale faiblesse affichée par le CH au cours de cette série: ils ont lâché lorsque le score leur était défavorable.

De l'importance du pointage et du "focus"

On sait que dans la LNH, les clubs adoptent une approche plus prudente lorsqu'ils détiennent une avance confortable et qu'ils vont, au contraire, ouvrir la machine et prendre plus de risques lorsqu'ils tirent de l'arrière. De manière générale, il est convenu d'utiliser le nombre de tirs tentés (c'est-à-dire le nombre de tirs au but, de tirs bloqués et de tirs manqués) pour évaluer le temps passé par un club en zone offensive. À l'échelle de la LNH, on a constaté que les clubs qui tirent de l'arrière par deux buts ou plus obtiennent 56% des tirs vers le filet à forces égales et que ceux qui ont une avance de deux buts ou plus obtiennent, inversement, 44% des tirs au but.

Sachant qu'un écart de deux buts ou plus influe lourdement sur la stratégie des clubs, nombre d'analystes utilisent aujourd'hui le différentiel de tirs lorsque le pointage est serré pour évaluer la force réelle d'un club donné. De même, lorsqu'on regarde le sommaire d'un match, on doit comprendre que le différentiel de tirs au but n'est pas simplement le produit de la qualité des deux clubs. Le nombre de tirs (et par conséquent le nombre de chances de marquer) dépend aussi du temps passé sur les unités spéciales et du temps passé avec un écart important au pointage.

J'ai dit du CH que je leur reprochais d'avoir lâché lorsque le pointage leur était fortement défavorable. Lorsqu'on regarde le total des 5 matchs disputés lors de cette série, 230 des 302 minutes jouées l'ont été à forces égales. Sur ces 230 minutes, 140 l'ont été avec un pointage serré (égal ou encore 1 but d'écart), 47 l'ont été avec une avance de deux buts en faveur du CH et 43 minutes ont été jouées alors que le CH accusait un retard d'au moins deux buts. Sachant que le différentiel "normal" des tirs vers le filet est de 50% avec le pointage serré, 56% avec un retard de 2 buts et 44% avec une avance de deux buts, le tableau suivant me semble révélateur:

Ainsi, le Canadien a dominé lorsque le pointage était serré (54% des tirs) et il a concédé un avantage "normal" aux tirs (43%) lorsqu'il menait par deux buts. Dans les deux cas, il a largement dominé au pourcentage de chances de marquer, une première indication du fait que même lorsque les Sénateurs passaient du temps en zone du CH, ils avaient de la difficulté à pénétrer la zone dangereuse.

La ligne jaune montre donc à quel point le CH a totalement décroché lorsqu'il tirait de l'arrière, concédant l'avantage territorial, aux chances et même aux entrées de zone en possession de rondelle. Contre une équipe qui se replie pour protéger une avance, c'est plutôt décevant. J'ajouterais que le Canadien a affiché ces piètres résultats malgré un avantage marqué: ils ont obtenu 14 mises en jeu en zone offensive contre 10 en zone défensive.

Sans pouvoir fournir d'explication formelle au pourquoi de la chose, je ne peux m'empêcher de regarder du côté des entraîneurs. C'est le seul vrai reproche que je puisse faire à Michel Therrien (ses bons coups sont nombreux et je vais les souligner dans les prochains jours) et ses assistants: il semble bien qu'ils n'aient pas su garder l'équipe concentrée sur la tâche à accomplir lorsque les choses se corsaient. C'est regrettable, parce que la capacité du club à dominer le jeu dans les autres situations laissait entendre qu'ils avaient la capacité de surmonter ce genre de situation.

samedi 11 mai 2013

30125: Tabarnak.

J'ai bien des choses à dire sur la série et sur la saison, mais bien peu sur ce match en particulier. Quatre petits points, en fait:
  • Le CH a outrageusement dominé la première période, collant notamment 10 chances de marquer à forces égales. Les quatre chances concédées lors de cette période l'ont été avec le duo Tinordi/Bouillon sur la patinoire.
  • L'équipe s'est enlisée à forces égales en deuxième avant d'abandonner en troisième. Je crois que l'enlisement est une illustration des conséquences de l'absence de profondeur due aux blessures. La moitié de la période s'étant déroulée en unités spéciales, le meilleur duo du CH (Plekanec et Bourque) y a été mobilisé, ainsi que le trio de Desharnais. Ça a laissé une charge disproportionnée de travail pour le fond d'alignement à forces égales. Ça a bien sûr tourné en eau de boudin.
  • Plekanec et Bourque ont connu un match fantastique, Bourque collant 5 chances de marquer à forces égales. Therrien leur a adjoint Galchenyuk en désespoir de cause en 3e. Ça n'a pas donné grand-chose, mais je soulignerai quand même les 3 chances de marquer de Galchenyuk à forces égales. À 19 ans et plus de 90 matchs joués dans l'année, le kid avait encore du gaz pour chauffer le BBQ. Et son association avec Halpern m'a semblé des plus fructueuse. Je ne m'explique toujours pas qu'on ait préféré White à ce dernier.
  • On semble tenter d'expliquer la défaite par le manque de grosseur du CH. C'est faire commodément abstraction du fait que le gardien des Sénateurs, Anderson, a été fumant. Le CH a dominé la série 75 à 59 pour les chances de marquer à forces égales, alors que les Sénateurs ont dominé 13-6 aux buts à forces égales. Sur les unités spéciales, le CH a obtenu 17 chances et 3 buts en 32:50 passées en avantage numérique et les Sénateurs ont eu 6 buts sur 15 chances en 34:42. Anderson, répétons-le une dernière fois, a été fumant et c'est l'histoire de la série, point barre.








mercredi 8 mai 2013

30124: Montréal 2 Ottawa 3

Le chiffre du match: 8
Soit le nombre de dégagements refusés au CH. Chez les défenseurs, Gorges et Diaz ont ainsi hérité de 3 mises en zone défensive, même chose pour Markov et Subban. Tinordi et Bouillon ont eu deux mises sur des dégagements refusés.

Du côté des attaquants, le trio de Desharnais en a généré trois (dont une lorsque Desharnais venait d'être remplacé par Plekanec), celui de Plekanec deux, deux aussi pour la 4e (parfois avec Dumont, parfois Halpern).

- "Dave c't-un tueur!"
- "Dave yé magané..."
On parle beaucoup de ces dégagements refusés ce matin, ce qui passe un peu sous silence ce qui est arrivé à Prust en 3e période. Manifestement blessé suite à un contact en zone adverse, Prust n'a pas manqué de présence pour autant. Mais sur le but égalisateur, on le voit tout simplement casser physiquement.

Observez bien sur la séquence suivante: il est le 4e joueur en repli défensif. Prust anticipe la passe à Alfredsson, qu'il intercepte, puis échappe, manifestement terrassé par la douleur. Il s'effondre alors au côté du filet. Alfredsson saisit la rondelle, va derrière le filet puis la repasse devant, directement sur Prust qui, toujours paralysé par la douleur, tente en vain de frapper la rondelle et la remet ainsi sur le bâton de Conacher, qui tire sous Price, lui-même bloqué par Turris.

Turris qui, après avoir été poussé sur Price par Gorges, choisit de revenir au centre de la zone du gardien de but. Un vrai but des séries.



Protéger l'avance
Outre jouer blessé jusqu'à ce qu'on s'effondre sur la glace et un arbitrage tétanisé par la perspective d'avoir "un impact sur le déroulement du match" (avantageant ainsi systématiquement la pire des deux équipes), un autre des grands classiques des séries éliminatoires est sans contredit la "protection de l'avance".

Eric Tulsky, de l'excellent blogue broadstreethockey.com, a ainsi démontré que les clubs de la LNH qui ont une avance de deux buts ou plus obtiennent généralement 44% des tirs au but (contre 50% de manière générale). On a ainsi vu le CH faire précisément ça hier soir en première partie de 3e période, concédant 6 chances et 14 tirs vers le filet aux Sénateurs alors qu'ils avaient une avance de deux buts. La réaction du club est vexante, dans la mesure où le Canadien est un des rares clubs à ne pas avoir adopté cette tactique au cours de la saison, autrement que lors des dernières minutes d'un match.

Le but de Zibanejad les a d'ailleurs fouettés. Après ce but, ils ont cumulé 10 tirs vers le filet d'Anderson et n'en ont accordé que 4 aux Sénateurs en un peu plus de 6 minutes. Si aucune chance de marquer n'a été obtenue, je dois souligner que c'est en partie le fait d'une série de gestes désespérés des défenseurs adverses. Bref, une fois réveillés, ils ont repris là ou ils avaient laissé en deuxième et ont complètement dominé Ottawa jusqu'à ce que MacLean retire son gardien.

C'est pourquoi je ne suis pas si pessimiste quant aux chances du club. La perte de Price est lourde, mais le club me semble suffisamment apte à dominer territorialement les Sens pour compenser. Le match d'hier démontre selon moi que Therrien a su apporter les ajustements nécessaires pour contrer l'utilisation que fait MacLean du dernier changement. Or, MacLean n'a pas su faire l'équivalent lors du deuxième match au Centre Bell.

Sont pas encore morts.

  • Encore une fois, très peu de chances générées par le trio de Plekanec. Methot et Karlsson sont coriaces. Fait vraiment curieux: c'est en deuxième période, alors que le CH dominait largement, que le trio de Plekanec a vu son jeu territorial s'effondrer (+2/-10 aux TVF), aux mains de deux trios: Neil, Greening et Smith d'une part, Alfredsson, Turris et Michalek d'autre part. Pas trop compris ce coup-là. Bourque semble remarquablement à l'aise, plus encore qu'en début de saison. Ryder, par contre, semble à l'agonie.
  • Desharnais avait promis un meilleur match et il l'a fait. De remplacer le cadavre de Ryder par Gallagher n'a pas nui. Si les chances n'ont pas souvent suivi (notamment en 3e, alors qu'ils ont bourdonné constamment après le but de Zibanejad), ils ont quand même donné de grosses séquences d'occupation territoriale à Therrien. J'avoue avoir été estomaqué, sur le but de Zibanejad toujours, de voir Therrien envoyer Desharnais avec Gallagher, Pacioretty, Tinordi et Bouillon prendre une mise en zone défensive en relève du trio de Halpern appuyé de Markov et Subban. Therrien a expliqué après le match que les officiels avaient mis la rondelle du mauvais côté de la patinoire et qu'il n'aurait pas envoyé les mêmes joueurs s'il avait su. Ce commentaire m'a fasciné: les données de la LNH n'indiquant pas de quel côté une mise en jeu est prise, je n'avais jamais pensé regarder les assignations aux mises en zone défensive en fonction de cette variable. Or, il semble bien que dans le cas de Therrien, la chose aie une importance particulière.
  • La plus belle trouvaille, celle qui a dû faire sacrer MacLean pendant tout le match, reste quand même cette combinaison Galchenyuk/Halpern/Prust. Ça n'a pas toujours été élégant (notamment contre Kassian, Smith et Neil), mais ils ont fini avec un but, et quatre chances de marquer contre une seule pour l'adversaire. Therrien était en mesure de protéger Galchenyuk avec le dernier changement et il était de bonne guerre qu'il essaye la même chose à Ottawa, ce qui a plus ou moins fonctionné. Prenant acte, il a donc remis le kid à l'aile et ainsi renchaussé son alignement. La perte de Prust est frustrante parce qu'en l'utilisant sur un trio de minutes molles avec quelques missions d'appuis défensifs sur d'autres unités, on met en valeur sa versatilité.
  • C'est probablement Armstrong qui sera appelé à boucher le trou dans le top-9 si Prust ne revient pas. Pour ce qui est du match d'hier, on voit que Therrien s'éloigne un peu plus du roulement à 4 trios qu'il avait adopté depuis le début de la saison. White s'était fait ramasser lors du 3e match et on ne peut attendre de Dumont qu'il fasse mieux dans un rôle défensif. Un autre ajustement qui a probablement aidé à resserrer le jeu du CH.
  • Outre leurs trois mises en jeu en zone défensive sur des dégagements refusés, Subban et Markov en auront pris trois autres contre neuf en zone offensive. Il semble bien qu'on n'ait pas cherché à les envoyer contre un trio en particulier, mais plutôt à les utiliser pour faire pression sur la défensive des Sénateurs. L'objectif tactique, à mon sens, est alors de forcer MacLean à mettre ses meilleurs éléments dans des situations défensives et ainsi l'éloigner du plan de match qu'il a adopté lors du troisième affrontement, soit de coller ses meilleurs éléments offensifs au fond d'alignement du CH pour l'exploiter. Réunis, Subban et Markov ont livré la marchandise: +31/-20 aux TVF, +7/-1 aux chances de marquer en 20:49 de temps de glace à forces égales.
  • Si Markov et Subban sont poussés sur les mises en jeu, quelqu'un doit ramasser l'ardoise des mises en zone défensive. Gorges et Diaz ont donc joué le rôle de "loss leader": on compte sur le fait que ce qu'ils cèdent à l'adversaire sera compensé par l'avantage à l'autre duo. Dans les circonstances, ils ont survécu jusqu'à ce que Diaz fasse dévier du coude la rondelle derrière Budaj: 4 mises en zone offensive pour 12 en zone défensive (dont 6 contre Turris, Michalek et Alfredsson), +10/-18 aux TVF et +2/-3 aux chances de marquer. Une chose, pas évidente, mais ô combien importante pour comprendre le travail de Gorges et Diaz: le CH n'a bloqué que deux des 18 tirs tentés par les Sénateurs alors que ces deux joueurs étaient sur la glace. Je ne compte jamais un tir bloqué comme une chance de marquer. C'est donc dire que si ces deux défenseurs ont été déclassés aux tirs, ceux-ci étaient de l'extérieur de la zone dangereuse. Ça n'est pas élégant et ils n'ont pas le profil d'un duo défensif, mais ils font un travail exemplaire.
  • En surface, Tinordi et Bouillon semblent avoir survécu: +15 / -13 aux TVF, +4/-3 aux mises en jeu. Mais voilà: 4 des 13 tirs des Sénateurs étaient des tirs bloqués (donc potentiellement des chances) et 6 des 9 autres tirs étaient des chances de marquer. Ajoutons à ça que sur le but de Zibanejad, Tinordi a complètement oublié le joueur des Sénateurs... Jamais facile.








lundi 6 mai 2013

L'avantage de la patinoire

Dans un match de hockey, les changements de joueurs sur les mises en jeu sont strictement codifiés: l'équipe adverse envoie ses joueurs d'abord, puis l'équipe à domicile envoie les siens. Ça donne à l'entraîneur du club local un avantage tactique potentiellement considérable. Dans une série éliminatoire, cet avantage est encore plus net, les deux entraîneurs ayant le temps de se familiariser avec l'alignement adverse.

On assiste présentement à un affrontement du genre entre MacLean et Therrien. Voici un premier tableau, montrant le temps passé sur la glace entre joueurs du CH et joueurs des Sénateurs, à 5 contre 5, lors du deuxième match de la série à Montréal:


Les codes de couleur permettent d'identifier rapidement les confrontations. Il est assez clair que Therrien a cherché à utiliser Plekanec contre les deux premiers trios, Desharnais faisant plutôt du temps contre les 2e et 4e des Sénateurs. Faut quand même prendre ça avec des pincettes, Therrien ne joue pas strictement les confrontations sur une base "tel joueur est sur la glace, j'envoie nécessairement tel joueur". Ainsi Desharnais a pris beaucoup de mises en zone défensive, mais surtout contre la 4e ligne et une seule contre Zibanejad et ses sbires.

Contre ces tactiques, MacLean a principalement réagi en promenant certains de ses joueurs d'un trio à l'autre, notamment Turris, Pageau et Neil.

Regardons maintenant le même tableau, cette fois-ci pour le match d'hier soir à Ottawa. Prêtez attention à la concentration des couleurs chez les avants et au déplacement des zones rouges indiquant contre qui Tinordi et Bouillon ont joué:


Si Therrien utilise le levier du dernier changement pour gérer les zones de mises en jeu en fonction du personnel sur la glace (j'essaye de résumer, mais je ne suis pas totalement certain de comprendre ce qu'il fait), MacLean semble quant à lui jouer au maximum sur la gestion des confrontations trio par trio. Ainsi, chaque trio s'est principalement retrouvé sur la glace contre un trio adverse en particulier. De plus, ça confirme ce que je soulignais hier à partir de mon résumé de match, soit que MacLean semble avoir beaucoup cherché à exposer Tinordi et Bouillon à ses deux premiers trios. Juxtaposée à celle des deux premier trios des Sénateurs, la ligne du temps des présences de Tinordi et Bouillon à 5 contre 5 lors du match d'hier soir l'illustre d'ailleurs fort bien:


Vite comme ça, sur 14 présences conjointes de Bouillon et Tinordi, trois seulement l'ont été loin du top-6 d'Ottawa. Lorsqu'on fait le contraste avec les confrontations de Tinordi / Bouillon avec ces deux mêmes trios lors du dernier match à Montréal, la chose est encore plus patente, seulement 5 des 14 de leurs présences conjointes se déroulant en présence du top-6:


La défaite d'hier était spectaculaire, mais c'est du côté de ce genre de confrontations que j'aurais tendance à chercher pour voir comment Therrien va s'ajuster à partir de demain soir.

30123: Montréal 1 Ottawa 6

Le chiffre du match: 71%
Bouillon et Tinordi ont passé 9:06 ensemble sur la glace à forces égales. Normalement protégés soigneusement par Daigneault et Therrien, ils ont hier soir passé 6:27, soit 71% de leur temps de glace à forces égales, contre le top-6 des Sénateurs d'Ottawa. Au Centre Bell, MacLean ne pouvait que chambouler ses trios pour soustraire ses meilleurs éléments aux attentions des couvreurs du CH. À domicile, il a méthodiquement travaillé à les exploiter. Ils n'ont été sur la glace que pour un seul but, mais il sera intéressant de voir comment Therrien répondra si jamais les choses dégénèrent mardi.

Sinon ça, il est difficile de démêler un match comme celui-là. Le peu de temps passé à forces égales par les deux clubs (36 minutes, alors qu'en moyenne on parle plutôt de 45 minutes) vient gommer les confrontations.
  • À 4 contre 4, Gionta a collé deux belles chances alors qu'à 5 contre 4, c'est Bourque qui a collé 3 chances (dont un but), Plekanec ajoutant une barre horizontale sur le jeu de puissance. Alors qu'il jouait souvent contre Turris et Alfredsson à Montréal, MacLean l'a plutôt opposé à Michalek, Silfverberg et Zibanejad (deux noms compliqués qu'on va finir par mémoriser à force de les maudire) à 5 contre 5. Après leur avoir accordé une chance en or en début de match, le trio de Pleks les a totalement neutralisés. Malheureusement, ils n'ont absolument rien produit aux chances de marquer.
  • Desharnais non plus n'a pas su créer de chances de marquer. Mais alors que Plekanec occupait quand même la zone des Sénateurs, DD n'a jamais semblé s'établir pour la peine. Ryder et Pacioretty sont de toute évidence amochés. C'est pourquoi je trouve franchement discutable l'idée de les envoyer patrouiller les flancs de Desharnais, qui peut faire des miracles avec des joueurs de talent en verve, mais n'est tout simplement pas capable de transporter des ailiers plus ou moins dépassés. La situation n'est pas impossible, mais Therrien (qui aime la stabilité dans ses trios) va devoir sortir de ses carcans et brasser la soupe.
  • Galchenyuk, Prust et Gallagher étaient principalement confrontés à Pageau, Neil et Greening. Après deux périodes, ils les déclassaient aux TVF (+6/-2) et aux chances de marquer (+3/-2, Pageau comptant quand même un but). Ça s'est gâté en 3e, alors qu'ils ont laissé les Sénateurs marquer les 3e et 4e buts. C'est inégal, mais j'aime ce que je vois de Galchenyuk. Quitte à les protéger territorialement comme le fait Therrien, je leur adjoindrais Bourque et j'enverrais Prust avec Pleks et Gionta (qui ont su bien travailler avec lui par le passé). Parce que Prust, joueur défensif, est un peu beaucoup gâché avec ces deux-là (même s'il s'est fendu de quelques très belles passes).
  • Halpern est-il blessé? Si la réponse est non, son absence de l'alignement est pour moi incompréhensible. White s'est fait ramasser par la 4e des Sénateurs avant de se faire expulser. Tu parles.
  • Curieux match pour Subban et Markov. PK était en feu, mais à prendre des pénalités, il casse un peu le rythme du club et surtout reste cloué au banc au lieu de rétamer ceux qui ont le malheur de se promener sur la glace avec lui. Quelques moments pénibles avec White et Desharnais.
  • Match moins pénible pour Diaz et Gorges qui se sont acquittés de leurs tâches sans trop de dégâts. Seul vraie tache au tableau, les deux chances en rafales menant au but de Turris, clou dans le cercueil de la soirée.
  • Un peu à l'image du trio de Desharnais, présentement dysfonctionnel, je me demande comment Therrien va faire pour protéger Bouillon et Tinordi. Ça n'a pas trop cassé hier soir, mais à ce train-là (+1/-5 aux chances de marquer malgré une poussée de +4/-1 aux mises en jeu), ça va casser plus tôt que tard. S'il ne bouge pas, c'est une erreur. MacLean a débusqué le point faible de l'alignement et l'exploite sans vergogne.








samedi 4 mai 2013

30122: Ottawa 1 Montréal 3

Le chiffre du match: 7
Des 21 mises en jeu prises en zone défensive par le Canadien, 7 l'ont été suite à des dégagements refusés. Pacioretty, Gionta et Eller sont trois joueurs extrêmement rapides et il me semble que ce nombre particulièrement élevé de dégagements refusés est un reflet de cette perte. Ces trois joueurs (surtout Eller et Pacioretty) sont couramment sollicités pour les jeux de transitions, notamment gagner la zone suivante en transportant la rondelle. La difficulté de s'ajuster s'est donc manifestée par une plus grande occurence de situations où, coincé, le CH ne pouvait que domper pour se regrouper sur la mise en jeu suivante.

Jeu de cache-cache
J'ai de la difficulté à comprendre ce qui se trame entre MacLean et Therrien, mais les deux se picossent allègrement aux confrontations. Lorsqu'on regarde les tableaux des confrontations, on constate que la plupart du temps, un joueur donné ne passe que rarement plus de 50% de son temps de glace contre un adversaire donné. En fait, au-delà des confrontations convenues que sont Diaz/Gorges sur Alfredsson/Michalek et Methot/Karlsson sur Plekanec, on voit bien qu'il se passe quelque chose. Le déroulement des confrontations au cours de la deuxième période illustre bien que les deux coachs jouent à cache-cache:

Portez principalement attention aux permutations entre Desharnais et Plekanec. Ce petit jeu de Therrien commence en première et se poursuit tout au long du match. MacLean ne joue pas ce genre de permutations rapides, probablement parce qu'il n'a pas le dernier changement (Desharnais commence la deuxième période contre Smith puis, lorsque MacLean retire ce dernier à la faveur de Turris/Alfredsson après seulement 7 secondes de jeu, Therrien envoie Pleks avec Diaz et Gorges). MacLean semble répondre au jeu de Therrien en modifiant la composition de ses trios. Turris a énormément joué à forces égales, mais il est parfois entre Alfredsson et Michalek, parfois Greening et Condra, parfois Greening et Neil...). Le passage vers Ottawa, où il aura le dernier changement, s'annonce donc passionnant. Therrien jouera-t-il à son tour avec la composition de ses trios? Cherchera-t-il à braquer encore plus certaines confrontations? Ou se concentrera-t-il à gérer les situations de mises en jeu?

Tenir la zone et en tirer quelque chose
Je suis toujours un peu méfiant des matchs ou un club déclasse l'autre massivement aux tirs bloqués. À forces égales, les joueurs du CH ont bloqué 27 tirs des Sénateurs alors que ceux-ci ont bloqué 10 tentatives des rouges. Peut-être est-ce dû au fait que les Sens tirent souvent de la pointe, je n'ai pas égrené les données de la LNH pour le savoir. C'est certainement une chose que je développerai d'ici la fin de la série.

En attentant, puisqu'un tir bloqué par un joueur n'est jamais pour moi une chance de marquer, je soupçonne que cette façon de tracer la ligne explique en partie l'avantage du CH aux chances. En partie seulement: des 10 chances cumulées à forces égales par Ottawa, 3 l'étaient moins de 5 secondes après une entrée de zone en possession de rondelle, les autres provenant d'un jeu en zone offensive. Chez le Canadien, 3 chances sur 19 à forces égales l'ont été dans les 5 secondes après une entrée en possession. Sur le plan territorial, au-delà des différentiels de tirs vers le filet, ils ont donc su encore une fois s'imposer autour d'Anderson, qui a bien fini par tourner à court de tours de magie.

  • Plekanec était encore de garde contre un peu tout le monde, mais notamment contre Alfredsson et Michalek. Dans un contexte de charge ultra-défensive (10 mises en zone défensive contre deux auprès d'Anderson), Armstrong et Bourque l'ont épaulé de manière exemplaire. Je suis encore une fois impressionné du travail en zone neutre d'Armstrong, qui sait y couper des jeux et gagner la zone (3 entrées en possession). Ce trio a dominé sur toute la ligne, peu importe l'adversaire.
  • Pour une raison que je ne m'explique pas (en fait, je continue à soupçonner une erreur dans les feuilles de matchs de la LNH), Desharnais a été enterré en zone défensive avec Moen et Ryder comme principaux appuis. Comment ont-ils pu finir la soirée avec un solde positif aux chances? Mystère. M'est avis que ça n'est pas le genre d'expérience que Therrien a intérêt à répéter trop souvent, mais bon. Si tant est que ces données soient exactes, on dirait bien qu'il a décidé d'utiliser DD comme appui défensif à Pleks...
  • Galchenyuk était au centre et a non seulement tenu au niveau territorial, mais il a commis quelques splendides élans offensifs. 3 mises en zone défensive seulement, donc de toute évidence Therrien cherchait à le protéger. Compréhensible et payant.
  • La 4e n'aura que peu joué à forces égales. Mention honorable à White sur son but, survenu à la fin d'une séquence où les Sénateurs étaient en train de les éviscérer dans leur zone. Mais voilà: Karlsson a échappé la rondelle à la ligne bleue du CH et s'est ensuite fendu d'un jeu mollasson alors que White lui fonçait dessus en échec avant. Marci ben, m'sieur Norris...
  • Markov et Subban semblaient assignés à temps partiel à la Kid Line des Sénateurs, mais autrement avaient surtout à assurer en zone défensive. Subban fut étincelant, encore une fois.
  • Gorges et Diaz, braqués sur Michalek et Alfredsson, ont encore une fois mangé leur gratte au temps de possession. Je ne sais pas combien de temps ça va tenir, mais je suppose que Therrien va étirer la corde au maximum et laisser Subban et Markov continuer à faire la loi sur le reste de l'alignement.
  • Soigneusement tenus loin de toute minute dure, Tinordi et Bouillon ont fait leur chiffre sans rien donner de trop grave. Un peu comme la 4e, ils sont simplement là pour ne pas nuire en attendant que les deux premiers duos puissent sauter sur la patinoire.








vendredi 3 mai 2013

30121: Ottawa 4 Montréal 2

Le chiffre du match: 10

C'est le nombre de combinaisons de joueurs d'avants utilisées pour plus de 40 secondes, à forces égales, en 3e période, par Michel Therrien. Le coach était un peu pris entre deux chaises: d'une part, il devait s'assurer que son club conserve son avance, ce qui imposait de donner de la glace à ses joueurs défensifs, bref son 4e trio. Mais d'un autre côté, il se devait de chercher à creuser l'écart, ce qui impliquait de la glace aux ailiers d'Eller, vulnérables en défensive.

Therrien a donc essayé de jongler avec ses trios, ce qui m'a semblé enrayer quelque peu le jeu à 5v5 du club, les joueurs se cherchant un peu tout le temps. Rendus à 4-2, le club a carrément étouffé de frustration, concédant 4 chances de marquer en un peu plus de 5 minutes, Galchenyuk étant le seul à donner la réplique avec deux chances.

La frustration, s'il est regrettable qu'elle les ait ainsi fait perdre leurs repères, était compréhensible. Aucun des 3 buts marqués en 3e par les Sénateurs n'était à mon sens une chance de marquer: celui de Silfverberg était un authentique sapin, Methot a tiré dans le tas du haut de la zone et celui de Latendresse a en fait rebondi sur Subban. Tu parles.

Cette 3e période et la perte d'Eller viennent gommer le fait qu'avant la blessure au #81, les Sénateurs n'étaient tout simplement pas de taille contre le CH à forces égales et ne devaient leur survie qu'aux exploits halakiens d'Anderson: au cours des deux premières périodes, les rouges ont en effet dominé +15/-5 aux chances de marquer à forces égales. Lorsque le gros Gui! ramasse Pleks, Subban et la puck dans le filet de Price, c'est +19/-7.

Et au moment d'écrire ces lignes, je vois sur Twitter qu'Eller est parti pour un bout (commotion) et que Pacioretty et Gionta ne seront pas du match de ce soir.

Tu parles.

"Y'aurait pas fait si Sprague Cleghorn avait été là..."

C'est embêtant comme situation pour un coach comme MacLean. Son équipe vient de gagner, mais elle doit la chose aux seuls miracles accomplis par son gardien. Autrement, ils ont mangé une volée. En plus, un de ses défenseurs s'en va oblitérer un joueur adverse sur coup parfaitement salaud, un exemple canonique de ce que la ligue a décidé de déclarer formellement interdit suite à la blessure de Crosby il y a deux ans. T'es en conférence de presse et faut que tu trouves le moyen de passer à travers tout ça sans te ramasser une amende. Alors tu dis des niaiseries. Dans le cas de MacLean, il n'a rien trouvé de mieux que de mettre la faute sur Diaz, qui aurait fait une passe-suicide à Eller. La citation de MacLean est proprement suave:
"De l'avis de plusieurs, il s'agissait d'une passe-suicide. MacLean, qui a joué 719 matchs dans la LNH dans les années 1980, pensait ainsi.« C'est un jeu qui a mal fini pour Eller, a ajouté l'entraîneur moustachu. Scott Stevens, Doug Harvey, Gord Kluzak... ce jeu est aussi vieux que le hockey. Je me suis toujours fait dire de ne pas aller là si je ne regarde pas.
« Le 61 est à blâmer. »"
À sa face même, la chose est d'une bêtise hennissante: tous les clubs font ce genre de passes des dizaines de fois par match, il est rigoureusement interdit de frapper un joueur qui ne nous voit pas venir et il est encore plus interdit de sauter pour ramasser la tête du joueur. Ryan White a eu 5 matchs en fin de saison pour un coup similaire (mais aux conséquences moins catastrophiques, je crois). Curieux de voir ce que ramassera Gryba. Quant à MacLean, ça n'est peut-être pas comme ça qu'il se représentait les choses, mais reste que le gars avait à faire quelque chose pour détourner l'attention de la performance de son club ainsi que de son défenseur.

Mission accomplie.

Therrien sait faire parler les statistiques

Sur l'heure du midi hier, j'ai écouté RDS un instant, alors qu'on y diffusait un extrait de la conférence de presse accordée le matin par Michel Therrien. À un certain moment, sais pas comment Therrien arrive sur le sujet, il en vient à dire la chose suivante:
"Jouer contre un club comme Ottawa, qui marque pas beaucoup de buts, mais en accorde pas beaucoup, mais c'est un club quand même qui dirige beaucoup de rondelle au filet... Ils en on dirigées plus que nous autres, des rondelles au filet! Faut que tu fasses attention toujours aux statistiques... Ils ont lancé plus souvent que nous autres, ils ont marqué moins, on a accordé moins de lancers qu'eux autres, pis y'ont accordé moins de buts. Faque ça, les statistiques tu peux en faire ce que tu veux avec..."
En fait, on peut faire dire deux genre de choses aux statistiques: des niaiseries ou des choses utiles. Bel exemple du deuxième genre donné par le coach. Ottawa a eu des taux de conversions abominables depuis le début de la saison, mais tout ce que j'ai trouvé sur leur compte porte à croire que c'est un excellent club offensif: les avants d'Ottawa produisent 71% des tirs du club à 5v5, soit pile sur la moyenne des clubs de la LNH. À vue de nez, leur taux de conversion abyssimal à 5v5 (28e sur 30 clubs) est donc le fruit de la malchance plus qu'autre chose. Leur capacité à déclasser l'adversaire aux tirs (ils sont inférieurs au CH mais quand même 10e dans la ligue) est donc l'indicateur le plus pertinent dans ce cas-ci et les performances de leur gardien sont un facteur supplémentaire jouant en leur faveur. Lorsqu'il discute ainsi des tirs et des buts, Therrien identifie à mon sens correctement ces tendances.

C'est l'fun, un coach allumé. Va avoir besoin de le rester, aussi, parce qu'au moment d'écrire ces lignes, Gionta et Pacioretty ne seront pas du match de ce soir. Oh boy.

  • Therrien s'est lourdement appuyé sur Plekanec hier soir. Lorsqu'on regarde la dernière ligne des différents tableaux de confrontations, on constate que seul le trio de Turris, Alfredsson et Michalek a donné du trouble au CH, notamment parce que MacLean a insisté pour les envoyer 9 fois sur des mises en zone du Canadien. C'est à Pleks qu'est revenue la tâche de prendre ces mises. Dans ce contexte, on doit se satisfaire du fait que, surveillé par Karlsson en plus, Pleks a tenu aux chances.
  • Je n'ai pas eu l'impression que Therrien cherchait à opposer Desharnais à quelqu'un en particulier, ni à l'isoler aux mises. Ça s'est plutôt mal passé contre Alfredsson, mais DD et ses sbires ont su écorcher quelques chances contre les autres trios. Therrien a réuni Desharnais et Pacioretty à Ryder en 3e, mais les résultats ont été franchement médiocres: +3/-7 aux TVF, 3 mises en zone offensive, +0/-3 aux chances. Meh.
  • La perte d'Eller est enrageante parce qu'il était parti pour égorger les deux derniers trios des Sénateurs. Prust, Galchenyuk et Gallagher ont été réunis en 3e et ont accompli de belles choses, Galchenyuk collant notamment 2 chances. Si Therrien ramène Galchenyuk au centre, il sera intéressant de voir sa progression depuis le début de la saison.
  • Match efficace de la 4e, que Therrien a utilisé sporadiquement au départ. Prust a été appelé à prendre plus de responsabilités après la blessure d'Eller et il a répondu splendidement, collant notamment une chance en désavantage et effectuant plusieurs beaux contrôles en fond de zone adverse.
  • Parqués en zone défensive 7 fois pour des mises en jeu, Subban et Markov ont outrageusement dominé. Subban était extraordinaire à voir aller, multipliant les reprises de rondelle à la ligne bleue adverse et les esquives en fond de zone défensive, décollant encore et encore des couvreurs pour prendre ses aises, dégager une ligne de passe et relancer un coéquipier.
  • Diaz et Gorges avaient à couvrir Michalek et Alfredsson et c'était, heu, pénible. Je suis curieux de voir su Therrien va conserver cette confrontation ce soir. Elle permet certainement à Subban et Markov de régner sur les 3 autres trios adverses, mais les menaces étaient constantes.
  • On voit que les choses sont redevenues sérieuses, Tinordi et Bouillon n'ont joué que 10 minutes à forces égales, contre les deux derniers trios, avec peu de mises en zone défensive. Deux chances de marquer pour Tinordi! Comme quoi, hein...