jeudi 24 octobre 2013

La deuxième période

Arpon Basu a fait une remarque intéressante sur Twitter, suivant la défaite du CH contre les Oilers:


Y a-t-il lieu de s'inquiéter? Les buts sont, même à l'échelle d'une demi-saison, des bêtes capricieuses à évaluer. Des 6 buts évoqués par Arpon, j'en ai 66 dans mes bases de données (je les construis à partir des feuilles de "play-by-play" et des feuilles de temps; il arrive parfois que ces feuilles ne soient pas à jour). Toujours est-il, lorsqu'on regarde la distribution des buts accordés en deuxième période depuis le début de la saison 2011-12, on constate qu'il y a deux pistes d'explications.

Premièrement, l'effet du score, entendre par là que l'équipe étant améliorée, elle passe plus de temps avec une avance de 2 buts ou plus. Les équipes de la LNH tendent à se replier dans un cocon défensif dans ces situations et vont alors donner plus de chances à leurs adversaires.

Une deuxième piste d'explications se trouve dans le désavantage numérique. Avec 23 buts accordés en 57 matchs, on est déjà loin des 17 accordés en 82 matchs par l'ancienne édition.



Effet de score ou manque de cohésion?

Le premier tableau ci-dessous nous indique que lorsqu'on s'attarde aux seuls différentiels de chances de marquer à forces égales, l'équipe actuelle semble afficher un léger recul par rapport à celle de l'an dernier tout en conservant un net avantage par rapport à celle de la saison 2011-12. Quand même, ça confirme ce qu'a indiqué Basu: cette saison, les différentiels de chances plongent en deuxième période. Ils remontent de plus belle en troisième, alors que les deux éditions précédentes commençaient les matchs en lion pour ensuite voir leur avantage diminuer, si ce n'est se transformer en déficit.


On sait que les équipes qui prennent les devants par au moins deux buts tendent à se replier. La question à laquelle le tableau suivant vise à répondre est la suivante: est-on en présence d'un effet de score? On y constate que l'édition actuelle passe pas mal moins de temps à forces égales avec le score serré (66% du temps contre 75% pour l'édition d'il y a deux ans). Cette tendance est constante sur les 3 périodes.

Mais que se passe-t-il, au fait, lorsque le score est serré à forces égales? Le tableau suivant donne une drôle de réponse: en première et en troisième période, l'édition actuelle du CH domine comme aucune des éditions précédentes n'a dominé. Mais en deuxième période? Effondrement encore plus spectaculaire au différentiel des chances! Avec 9 matchs disputés, le détail du calendrier récent et des blessures a son importance, mais quand même, le côté "montagnes russes" a de quoi surprendre et l'idée selon laquelle l'équipe tend à perdre le nord en deuxième se confirme, peu importe le score.


Reste que, pour revenir à la question de l'effet de score, on peut quand même souligner une chose: l'équipe actuelle, comme en fait foi le tableau précédent, commence ses matchs en force. Elle joue donc beaucoup plus souvent avec une confortable avance, et ce, dès la première période. Le tableau suivant nous montre en fait qu'elle se détache des précédentes éditions pour les deux premières périodes. Probablement rattrapée par ses mauvaises performances en deuxième, son avance se tasse en 3e.


Le tableau suivant montre que si l'édition actuelle domine aux chances avec le score serré, avec deux buts d'avance, elle ne semble plus pousser. Le différentiel de -26,1 chances par 60 minutes est trompeur. Sur 16 minutes disputées avec l'avance, il y a eu quelques séquences de 4 contre 4 au cours desquelles l'équipe a fait +1/7 aux chances. Reste qu'on voit la propension de l'équipe à casser aux chances.


Il y a lieu de s'interroger: est-ce que l'équipe se replie trop? Est-ce qu'elle devient au contraire trop agressive et perd son unité d'ensemble? C'est à surveiller dans les prochains matchs. Il me semble évident que si les contre-performances en deuxième période aux buts accordés étaient le signe d'un problème structurel, on verrait la chose se confirmer sur les 3 périodes depuis l'an dernier (l'équipe étant essentiellement la même depuis que Therrien l'a prise en main). Or, il n'en est rien. Au contraire en fait, à forces égales et avec le score serré, hors de la deuxième période l'équipe semble présentement supérieure à l'an dernier! Faudra voir à quoi ça ressemble après Noël, mais on ne doit pas trop paniquer avec ça pour l'instant.

Le désavantage numérique

L'autre problème qui guette le Canadien est beaucoup plus inquiétant. Le plus grand nombre de buts accordés en désavantage numérique sous le règne de Therrien correspond en effet à une baisse marquée des performances aux chances accordées à l'adversaire. Le tableau suivant montre que le trou creusé est, cette saison, particulièrement profond en deuxième période. Mais plus inquiétant encore, les choses semblent se détériorer depuis l'an dernier. Déjà qu'on avait alors une augmentation de 50% du nombre de chances accordées par heure jouée...


Le trou de la deuxième période est donc accentué par la médiocrité du club en désavantage numérique. Cette médiocrité, on le constate dans le tableau suivant, est d'autant plus nuisible qu'elle croise le chemin d'une extrême indiscipline manifestée par les troupes du CH en deuxième période. En effet, le temps passé en avantage numérique ne représente désormais que 67% du temps passé en désavantage numérique. 

La mesure est quelque peu bancale, peut-être le portrait est-il moins sombre si on prend les pénalités subies (je n'ai pas ce décompte sous la main pour l'instant) au lieu du temps écoulé. Reste que ce problème de discipline nous aiguille un peu plus selon moi vers un club qui, lorsqu'il prend les devants, devient trop agressif et désordonné.


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