samedi 28 juillet 2012

Lars Eller 2011-12

Lars Eller est arrivé au camp l'an dernier avec l'étiquette du "gars qu'on a eu en retour de Halak". Parce que Price est vraiment bon, la chose n'a pas gangrené et Eller a pu monter tranquillement les échelons. Commençant comme 13e attaquant, il aura mis une vingtaine de matchs à tasser Dustin Boyd de la 4e ligne. Après quelques séjours à l'aile et un stage prolongé sur la 4e ligne, l'arrivée de Desharnais en janvier 2011 permet à Martin d'installer Halpern à l'aile de Plekanec et Cammalleri, Desharnais entre Darche et Pouliot sur la 4e et de constituer le trio Moen-Eller-Kostitsyn comme 3e ligne. J'en ai souvent parlé, la constitution de ce trio marquait selon moi un choix de Martin quant à Eller: celui-ci devenait le dauphin et l'appui défensif de Plekanec, permettant ainsi aux deux autres trios de prendre des vocations plus offensives. Après avoir connu de beaux moments en 2010-11, le trio Eller-Kostitsyn-Moen aura repris du service sous Martin en 2011-12, avant d'être victime d'un accès de crétinisme de Cunneyworth.

Avant d'aller plus loin, résumons les derniers articles:

  • Pour Desharnais, on a constaté que ce dernier avait vu sa charge de travail augmenter tout au long de la saison. Protégé aux mises en jeu et aux adversaires affrontés par Martin, DD a produit offensivement, surtout à partir du moment où il fut jumelé à Cole et Pacioretty. Si les choses se sont corsées sous Randy (baisse des taux de mises en jeu, augmentation des minutes contre les meilleurs adversaires), ce trio a quand même su générer beaucoup de chances de marquer. C'est ce décrochage des pourcentages de chances obtenues (53-54% sous Randy) par rapport aux mises et aux TVF (49-50%) qui ressort des résultats du premier trio. Je ne crois pas qu'il s'agisse là de l'expression d'un talent particulier. Les dés sont ainsi tombés, c'est tout. Par ailleurs, ces chiffres ont selon moi souligné un aspect intéressant du petit #51: talent offensif réel, Desharnais n'est pas pour autant un leveur de fonte, un centre qu'on envoie contre les meilleurs éléments adverses pour les neutraliser et leur mettre des points. Utilisé dans ces situations avec les meilleurs ailiers du club, il s'est maintenu, sans plus. Ça n'est pas suffisant et ça me fait dire qu'il serait plus adapté à un rôle d'exploitation (protégé aux mises comme aux confrontations, comme sous Martin) ou encore devrait être muté à l'aile.
  • Un examen plus approfondi des performances de Cole et Pacioretty a confirmé ce que l'on voyait déjà dans les résultats de Desharnais sans ses sbires: ces deux-là tirent systématiquement le traîneau. Lorsque jumelés à Plekanec, ils dominent les meilleurs éléments adverses, ce qui m'a fait dire que de les coller tous les deux à Desharnais n'était peut-être pas la meilleure idée du monde.
  • L'examen de la saison de Plekanec a fait ressortir plusieurs éléments, dont 3 me semblent plus importants: Plekanec, si on lui donne au moins un bon ailier, peut faire de sérieux dommages, et ce même lorsqu'on l'enterre aux mises en jeu contre les meilleurs éléments adverses. En plus de Cole et Pacioretty, Gionta semble aussi être un ailier qui, jumelé à un bon centre, permet de lever de la fonte. Enfin, après Cole, Gionta et Pacioretty, le CH n'a pas d'autres bons ailiers du genre. Cammalleri est parti et Bourque n'a certainement pas démontré qu'il était aujourd'hui un ailier de minutes dures. Qu'il joue ou non avec Plekanec, les ratios de ce dernier restaient à plat. Mauvais signe.
À court d'un ailier et avec Desharnais qui n'est pas un vrai leveur de fonte, le top-6 du CH est en fait un top-4. Ça mettait beaucoup de pression sur le reste de l'alignement et, à moins d'un ajout tardif, la situation restera la même au début de la saison prochaine.

Or, le reste de l'alignement, c'est pour l'essentiel une façon fancy de dire Lars Eller. Après lui, le déluge.


Eller est durable, c'est déjà un gros point en sa faveur. Sa production de tirs est demeurée la même malgré une augmentation notable de la qualité des adversaires affrontés. Ladite augmentation de charge de travail ne l'a pas empêché de se maintenir quant à sa capacité à tenir l'avantage du territoire, et ce malgré une légère baisse de ration de mises en jeu en zone offensive. Ajoutons à cela qu'il a passé beaucoup moins de temps à l'aile (ce qui avait certainement dopé son score de qualité des adversaires affrontés en 2010-11) et globalement, on a un jeune centre qui progresse lentement mais sûrement.

Parce qu'il n'a pas passé beaucoup de temps avec des ailiers talentueux (Kostitsyn est le seul), on est encore un peu dans le noir quant à ses aptitudes offensives réelles. N'empêche, s'il progresse encore un peu, on parle d'un centre qui peut marquer 15 buts à forces égales sans jouir d'appui significatif de ses coéquipiers. Pas une vedette, mais un foutu bon joueur.

Comme pour tout le monde, les choses se précisent lorsqu'on regarde ce qui s'est passé sous Jacques et Randy.


Ce premier tableau nous indique que peu importe l'entraîneur, Eller est demeuré 3e centre. Peu de minutes contre le premier quart adverse et peu de départs offensifs contre ces mêmes meilleurs. Les choses se gâtent sensiblement sous Randy, reflet de la baisse de qualité des ailiers disponibles.


Sous Jacques Martin, Eller avait en fait deux rôles bien distincts. Simple centre de minutes molles lorsque séparé de Moen, il s'en tire fort bien, mais dispose généralement d'une bonne protection territoriale. Avec Moen, la charge de travail défensif s'accroît de manière bien précise: si ces deux-là ne jouent pas beaucoup contre les meilleurs adversaires, ils prennent néanmoins contre eux une solide dose de mises en zone défensive et réussissent au total à tenir le coup aux TVF. Ce qui traverse ce tableau, c'est la capacité d'Eller, surtout lorsque jumelé à Moen, à ne pas accorder beaucoup de tirs à l'adversaire. Sous Jacques Martin, l'équipe accorde en moyenne 55 tentatives de tirs à l'adversaire à l'heure. Qu'Eller se maintienne autour de 50 tirs accordés à l'heure est fort intéressant et ses résultats avec Moen sont encore plus intrigants. S'ils ne produisent jamais beaucoup ensemble, ce duo donne quand même l'impression de constituer une base solide pour un trio défensif.


Les choses se gâtent sous Randy, on le sait tous. Les performances défensives d'Eller perdent beaucoup de leur lustre, surtout lorsque Moen tombe au combat. La charge défensive ici attribuée à Eller n'est pas nécessairement représentative d'un rôle particulier; m'est avis qu'on est ici simplement en présence du triste destin d'un centre de 3e ligne sur une équipe dépassée. Les 500 minutes passées sans Moen sont un modèle d'instabilité: 99 combinaisons différentes, dont 15 pour au moins 10 minutes de temps de glace.


Encore ici, sitôt qu'Eller est jumelé à au moins un joueur de qualité (Plekanec, Pacioretty ou Cole), les choses décollent. Mais autrement il n'y a pas grand-chose à voir. Blunden et Geoffrion sont tous deux grossièrement inadaptés au rôle de 3e trio, alors que la présence de Bourque semble encore ici toxique (et Leblanc n'aide pas vraiment...).

Ces données ne nous en disent pas aussi long sur les aptitudes d'Eller que sur l'état de délabrement avancé du fond d'alignement du CH en deuxième moitié de saison. Les ajouts de l'été sont visiblement destinés à combler ces carences, ce qui indique au moins que notre DG cherche à régler des problèmes réels et non des problèmes imaginés. C'est un progrès. Les solutions apportées (Armstrong et Prust) sont-elles les bonnes? À mon avis, non.

Heureusement, Trevor Timmins veille au grain. Si un ou des joueurs parmi les Leblanc, Palushaj et Gallagher forcent la porte du vestiaire en cours de saison, ça ne sera pas pour voler le job de Pacioretty, Cole, Desharnais, Gionta, Plekanec ou Eller. Si deux de ces 3 jeunes s'établissent, Eller en sera le principal bénéficiaire.

On croise les doigts.

vendredi 20 juillet 2012

Une saison en enfer: Plekanec en 2011-12

Ma démarche commence, je l'espère, à vous être familière. Il s'agit simplement de descendre le long de l'alignement, les centres d'abord, les ailiers ensuite. L'idée est de voir ce que chacun a eu comme charge de travail et comment ils ont ensuite réussi à (ou empêcher l'adversaire de) créer quelque chose à partir de là. Toujours on en revient aux charnières de la saison: le changement d'entraîneur, les performances d'un joueur avec ou sans ses principaux compagnons d'armes.

Dans le cas de Plekanec, c'est plutôt sordide sur la fin.


Plekanec est depuis maintenant quatre saisons le premier centre du CH. Ce premier tableau, tiré du site Behindthenet.ca, ne touche qu'au jeu à 5v5 et ne rend donc pas entièrement justice à Pleks. En plus d'être devenu un des principaux leveurs de fonte du club à forces égales, d'abord avec Carbo, puis sous Martin, Plekanec est aussi un authentique numéro 9: peu importe laquelle des trois zones, peu importe laquelle des trois situations (avantage, forces égales, désavantage), c'est lui qu'on envoie au feu et c'est lui qui s'en tire mieux que les autres. Ajoutons qu'en plus d'être merveilleusement durable (8 parties manquées en 5 saisons, dont 2 pour une suspension, si je ne m'abuse) et versatile, l'homme est aussi d'une rare adaptabilité: de Kovalev à Gionta en passant par Kostitsyn et Cammalleri, c'est autant de types différents de joueurs, souvent incomplets mais toujours doués, qu'il a su faire produire et ce malgré le fait qu'outre Gionta, aucun de ceux-ci n'était naturellement doué pour le type d'assignations qui sont le pain quotidien du #14.

En ce qui concerne la saison 2011-12, l'histoire de Plekanec change de ton avec le changement d'entraîneur.


Sous Jacques Martin, c'est le bagne ou les tranchées. 43%% de son temps de glace contre le quart le plus coriace du steak adverse, un braquage parfaitement brutal aux mises en jeu en zone défensive, braquage qui jamais ne se dément, peu importe contre qui on l'envoie... Et pourtant, Plekanec fait moitié-moitié avec ses adversaires au total! En fait, il se gave face aux fonds d'alignements et remonte quand même une grosse partie de la côte contre les autres. Du gros travail.

Sous Cunneyworth, l'effondrement est total. Moins sollicité aux mises, il écrase complètement contre les hauts d'alignements pour relever la tête contre les autres. Globalement, ses assignations sont désormais celles d'un deuxième centre.

Que s'est-il passé? Outre la faillite réelle qu'est Cunneyworth comme entraîneur, une partie de la réponse se trouve dans l'examen plus précis de ses réussites sous Martin.


Sur 416 minutes jouées à 5v5 sous Martin, Plekanec en passe 250 avec Gionta. Les pourcentages des deux petits sont toujours ronflants: presque 50% de temps de glace contre le premier quart, 30% de mises en zone défensive et pourtant, jeu égal au temps de possession et aux chances de marquer. Fait à noter, leurs performances ne souffrent outre mesure lorsqu'ils ne sont pas appuyés par Subban! Aux chances, TVF et mises, ils font 49%/51%/31% en 100 quelques minutes avec PK, 53%/50%/43% dans les 150 quelques minutes sans PK.

Autre fait à noter: j'ai souvent identifié la blessure de Gomez en novembre contre la Caroline comme le coup ayant été fatal au jeu à forces égales du CH. Après cette blessure, Plekanec ne passera qu'une vingtaine de minutes avec Gionta avant que celui-ci ne tombe aussi au combat. À voir leurs performances, lorsque réunis, à voir aussi à quel point Martin s'appuyait sur eux, il semble bien que la blessure de Gionta a définitivement coulé le CH sous Martin. Cunneyworth, à la base dépassé par les événements, n'a pu que regarder le bateau sombrer.

Plekanec, lui, s'est d'abord retrouvé avec Cammalleri comme principal ailier.


Cammalleri est un ailier doué, mais il n'a jamais été et ne sera jamais autre chose qu'un joueur ordinaire sitôt sorti de la zone offensive. L'intervalle entre la blessure de Gionta et son échange montre à quel point il formait désormais avec Plekanec un duo dysfonctionnel. Protégés aux mises, ils ont quand même coulé. Les chances ne sont pas flatteuses, mais sitôt séparé du #13, le #14 remonte la pente. Puis, après le départ de Cammalleri, c'est Bourque qui s'amène. Je me garde une gène parce que 93 minutes et 121 minutes, ça n'est pas beaucoup, mais disons que ça ne partait pas dans le bon sens.

Arrive ensuite Rene Bourque.


Rien de très glorieux. Des mises en zone défensive en masse, mais peu de glace contre le premier quart adverse. Pourtant, Pleks et Bourque peinent à décoller, au total, leurs ratios de TVF et de mises en jeu. Pis encore, contre les plus durs des adversaires, ils coulent à pic. Les principaux ailiers droits seront dans l'ordre Leblanc, Darche et White.

Plekanec est un foutu bon joueur, mais il a quand même besoin d'aide. Gionta est certainement capable de lui donner. Absent de nouveaux leveurs de fonte dans l'alignement, les succès du CH reposent donc lourdement sur la santé de Gionta. Si ce dernier n'est pas Plekanec, il n'en est pas moins normalement durable, jouant 65-75 matchs par saison. Mais encore faudra-t-il que Therrien déploie ces deux joueurs de manière à maximiser leur impact. Martin le faisait. Randy? On ne le saura jamais. Alors voilà, on attend.

Bourque? Comme troisième joueur, peut-être. Mais encore là, je doute qu'il soit si tant à l'aise dans le rôle qui finira immanquablement par revenir à Pleks. Les données de Behindthenet nous en disent un peu plus sur le genre d'utilisation faite de Bourque par les Flames au cours des dernières saisons:


Bourque a été productif grâce à des saisons de 12, 13 et 14 tirs à l'heure conjuguées à des taux de conversion toujours respectables sinon exceptionnels (le 12% de 2008-09 ressort). Il a de plus atteint ces plateaux en se mesurant systématiquement aux meilleurs adversaires. Mais on doit aussi noter que ce fut toujours avec le bénéfice de nombreux départs en zone offensive et d'un bilan franchement mauvais au différentiel des tirs. En ce sens, le gros Bourque semble avoir un profil correspondant plutôt aux assignations passées de Gomez, aujourd'hui celles de Desharnais. Avec Plekanec, le gros Bourque a sombré corps et biens.

À suivre...

jeudi 19 juillet 2012

Cole et Pacioretty


Stephan Cooper, contributeur au site Eyes on the prize et éditeur du site A winning habit, a publié dernièrement une entrevue que je lui ai accordée par courriel. Le lien est le suivant:



Il a par ailleurs publié sur les ratios individuels de tirs au but un article qui fait une excellente démonstration de l'importance de cet indicateur pour qui souhaite avoir une idée du potentiel d'un joueur n'ayant pas encore atteint la grande ligue.

Max Pacioretty est, à ce sujet, un cas d'école.

Max Pacioretty


L'explosion de Pacioretty était déjà prévisible par ses taux de tirs au but dans la ligue américaine. Mais on voit plus précisément à quel point il monte une marche en 2010 et une autre en 2011. Seul un taux de conversion en buts absurdement bas a pu garder ainsi le grand ailier sous le radar, permettant à Gauthier de lui faire signer un contrat ridiculement cheap.

Notons quand même que pour un joueur qui tire de relativement loin, un taux de conversion de plus de 9% reste relativement élevé. À moins qu'il n'aie une autre coche à monter côté tirs générés, il a donc probablement atteint son pic de productivité. Et quel pic...


Le détail des confrontations nous permet de constater qu'avec ou sans Desharnais, Pacioretty a passé l'essentiel de sa saison dans les minutes dures. Si les chances générées n'ont pas suivi sans DD, je note quand même que les TVF décrochent toujours positivement des taux de mises en jeu. Est-ce un hasard ou le fait de jouer avec des centres qui peuvent transporter la rondelle en zone offensive, je ne le sais, mais sans Desharnais, Pacioretty remonte continuellement et agressivement la pente.


On sait par ailleurs que le trio Cole/Desharnais/MaxPac a pris des assignations beaucoup plus dures sous Randy. À regarder les seuls splits de Pacioretty, on constate que ce dernier, contrairement à Desharnais, était déjà lancé agressivement dans les minutes dures par Martin et ce sans pour autant bénéficier d'une grosse protection territoriale. Et toujours, les TVF qui décorchent du bon bord par rapport aux mises en jeu. Ce genre de décrochage est pour moi la marque d'un vrai leveur de fonte.

Revenons un instant sur ces 300 quelques minutes jouées par Pacioretty sans Desharnais. Dans le détail, on constate qu'il n'a vraiment pas joué avec des pieds de céleri:


Le trio Pacioretty/Gionta/Pleks n'a pas beaucoup joué ensemble, mais les résultats sont pour le moins sidérants et la même chose peut être dite si on remplace Gionta par Cole. J'aimerais beaucoup voir une saison de Pleks/Gionta/Pacioretty agressivement utilisé sur les mises en zone défensive. On a là, je crois, un authentique trio de leveurs de fonte.

Mais bon, je ne retiens pas mon souffle.

Erik Cole


Si Cole n'a pas les taux de tirs au but de Pacioretty, il semble que ce soit en partie parce qu'il tire de beaucoup plus près. Qu'importe. Le gros ailier droit est durable, menaçant et, on l'a vu avec Desharnais, capable d'appuis défensifs significatifs. Sa saison 2011-12 a de quoi rendre optimiste, le bonhomme vieillit bien et a développé une réelle chimie avec Desharnais.


Je dis réelle chimie, mais dans son cas comme dans celui de Pacioretty, ses ratios de réussite ne souffrent pas de l'absence de DD. Si les choses semblent demeurer semblables contre le premier quadrant d'adversaires, contre les autres il fait à l'image de Pacioretty (qui l'a souvent accompagné) et décroche systématiquement ses TVF de ses ratios de mises en jeu.

En fait, si je présente ces tableaux, c'est pour illustrer en quoi, à mon sens, Desharnais ralentit probablement Cole et Pacioretty sur un aspect crucial de leur capacité à contribuer aux succès de l'équipe, soit leur capacité à gagner la zone adverse.


Si Cole a connu une variation dans ses schèmes d'utilisation entre les règnes de Martin et Randy, ce n'est pas tant au chapitre de la difficulté des adversaires qu'au nombre de mises en jeu prises en zone défensive. Comme on l'a vu plus haut, il semble que jumelé à Eller ou Plekanec, il soit à même de surmonter ce genre de difficultés encore mieux que lorsque jumelé à Desharnais.


Les temps de glace des différentes unités sont relativement restreints, donc on doit prendre le tout avec un grain de sel. Mais quand même, ici comme dans le cas de Pacioretty, jumelé à Plekanec ou Eller, les résultats sont plus que probants.

Desharnais est un pur bonus, un joueur sorti de nulle part et un authentique mangeur de minutes molles. Ces gars-là sont utiles, même précieux. Mais d'en faire ce qu'on en a fait l'an dernier ne rend service ni à DD, ni à ses sbires. Si leur fiche, en fin de saison, était ronflante, celle de leurs coéquipiers était minable et l'équipe a coulé à pic. Therrien aura plus de joueurs de la LNH sous la main que Cunneyworth en a souvent eu, mais il n'aura vraisemblablement pas beaucoup plus de bons joueurs. L'utilisation optimale de ceux-ci sera donc d'autant plus cruciale.

mercredi 18 juillet 2012

Desharnais et ses sbires

J'ai discuté, il y a de ça plus de quatre mois, de ce qui déjà en saison apparaissait comme des différences marquantes entre les règnes de Jacques Martin et Randy Cunneyworth. Une relecture de ce billet vous donnera une perspective plus précise sur ce que j'écrirai ici. Voici un lien vers l'article:

http://enattendantlesnordiques.blogspot.ca/2012/03/jacques-et-randy.html

Ayant en main les données pour la saison complète, je me suis dit qu'il serait intéressant de tirer un bilan portant sur les performances des joueurs. Après moult flagossages, j'en suis venu à ajouter un élément à ma base de données: utilisant les scores "CorsiRelative" attribués à chaque joueur sur le site BehindTheNet.ca (il s'agit d'un indice portant sur la capacité d'un joueur à aider son équipe à déclasser l'adversaire aux tirs vers le filet), j'ai attribué un score de "difficulté" à chaque moment passé par l'équipe sur la patinoire et divisé le tout en quatre groupes de taille égale. Cela nous donne donc quatre niveaux de compétition.



On constate ainsi que, contre les meilleurs adversaires affrontés, le CH a été lourdement déclassé sur le plan territorial, peinant à passer le cap des 40% de mises en jeu en zone offensive et de tirs vers le filet. Les chances de marquer sont à un niveau un peu plus élevé, mais je ne suis pas certain qu'il y ait là autre chose que l'effet du hasard.

La différence entre les règnes de Martin et Cunneyworth est intéressante:



Sans trop revenir sur les deux époques, l'effondrement du CH se confirme par son incapacité à même déclasser les fonds d'alignement. On ne s'ennuie pas de cette époque...

Mais l'intérêt réel de ces données repose, selon moi, dans ce qu'elles nous disent des performances des différents joueurs. Le plus simple est d'y aller par les principaux centres ayant joué pour le CH l'an dernier. Parce qu'on commence par le haut (on est du monde poli, s'pas?) on commence par Desharnais.

David Desharnais


Vue de Behindthenet.ca, la progression de Desharnais à 5 contre 5 est manifeste: après avoir plus que tenu son bout comme quatrième centre, il s'est imposé comme centre offensif dès sa seconde saison. Ce premier tableau nous montre de belles choses (le maintien d'un certain avantage du territoire, notamment) et un élément plus inquiétant: Deharnais ne tire presque plus au filet, une réalité en partie masquée par un pourcentage de réussite (13,1%) difficile à reproduire avec constance. Quand même, personne ne le voyait là.

Si on cherche à comprendre un peu plus précisément comment les choses se sont déroulées, deux éléments permettent de tirer les choses au clair. Primo, Desharnais a passé énormément de temps entre les deux meilleurs ailiers du club. Secundo, le changement d'entraîneur a, on l'a vu, chamboulé les schèmes d'utilisation du club.


Ce tableau nous indique que Martin protégeait Desharnais de manière beaucoup plus directe que Randy ne pouvait le faire. Sous Martin, DD passe 28% de son temps de glace contre le quart le plus exigeant des adversaires affrontés. Sous Randy, ça passe à 35%. Plus encore, alors que Martin fait de Desharnais un spécialiste de la mise en jeu en zone offensive, Randy ne semble pas trop s'attacher à surveiller la chose. Pourtant, les pourcentages de TVF et de Chances de Desharnais restent, au total, stables tant sous Randy que Martin.

Sachant que l'équipe régresse en passant d'un coach à l'autre, on peut déjà soupçonner que Desharnais s'est amélioré au fil de la saison.


Mais outre son amélioration personnelle, on doit d'abord souligner l'importance que prennent ses deux ailiers. Le tableau ci-dessus nous offre une division des chiffres de Desharnais selon qu'il est accompagné de Cole ET Pacioretty ou non. Entendre par là que les données de la section  "Sans Pacioretty Cole" comprennent tout de même les situations avec l'un ou l'autre des deux joueurs.

Les 700 quelques minutes passées en compagnie de ses deux sbires sont de vraies minutes de centre #1, avec 37% du temps de glace contre les meilleurs éléments adverses. Les pourcentages de chances sont flatteurs, mais les TVF, eux, restent collés sur les ratios de mises en jeu. En d'autres termes, si ce trio a su générer nombre d'occasions de marquer, ils ne démontrent pas pour autant une réelle et constante aptitude à renverser la vapeur au niveau territorial. Ça me porte à croire deux choses:

  1. Si on rejoue la même saison de A à Z, on doit s'attendre à ce que le ratio de chances régresse vers celui des TVF et non l'inverse. Ça n'enlève rien aux montées à l'emporte-pièce d'Erik Cole, mais ça remet les choses en perspective.
  2. Si on retourne aux deux premiers tableaux, on constate que l'équipe est outrancièrement dominée territorialement parlant par le premier quart des adversaires affrontés. Le gros trio a fait mieux, mais principalement sur la foi de situations plus favorables aux mises en jeu. En ce sens, si leur capacité à générer des chances est intéressante, on ne parle pas non plus d'un authentique trio de leveurs de fonte. En ce sens, le retour d'un entraîneur (Therrien) qui semble comprendre la gestion des mises en jeu par zones sera probablement fort bénéfique à Desharnais et ses ailiers, quels qu'ils soient. Le tableau suivant en fait foi.



La qualité des adversaires affrontés par le trio DD/MaxPac/Cole a considérablement augmenté sous Randu, on le voit ici clairement. Les mérites de la méthode Martin (qui sera aussi, espérons-le, la méthode Therrien) sont ici bien illustrés: à 54% de TVF et plus de 60% des chances de marquer, ils ont généré une tonne d'opportunités offensives. C'était pour moi, au cours du premier tiers de la saison, une constante source d'émerveillement que de voir Cole et Pacioretty coller des matchs de 5, 6 voir  7 chances de marquer à forces égales. Entre la baisse des mises prises en zone offensive et la hausse du temps de glace passé contre les meilleurs adversaires, ces matchs-là sont devenus beaucoup plus rares après le temps des fêtes.

J'ai parlé plus haut d'une certaine amélioration de Desharnais au fil de la saison. Celle-ci est assez apparente lorsqu'on isole les 407 minutes qu'il passé sur la glace sans ses deux ailiers réguliers à la fois.



Mes requêtes ne sont pas encore au point, je ne suis donc pas capable de mettre Desharnais sans ni l'un ni l'autre. Sous Martin, c'est près de 100 des 250 minutes recensées que Desharnais passe avec Cole et... Cammalleri! Sitôt séparé de ces deux-là, Desharnais sombrait corps et biens, malgré les attentions de Martin:


Sous Randy, ce gouffre disparaît. Si au total les choses restent peu glorieuses, on n'est pas tant en présence d'un effondrement que d'un joueur qui, vaille que vaille, tente de survivre dans des conditions hostiles.

À considérer ces différents éléments, je ne vois pas comment Desharnais peut être envisagé comme autre chose qu'une solution de rechange, en attendant mieux. Sa véritable place est sur un trio offensif, c'est-à-dire un trio que l'entraîneur s'attache à gaver de mises en jeu en zone offensive et à peupler de joueurs talentueux.

À savoir s'il est le centre à mettre entre Pacioretty et Cole, deux ailiers qui excellent non seulement en zone offensive, mais aussi dans l'art de remonter le courant, je ne le crois pas. Je comprends ce qui a mené Martin à se les attacher comme premier trio, mais au bout du compte, je pense que les succès de l'équipe passent par la séparation de cette unité. J'entends préciser la chose dès le prochain billet, qui sera un exercice similaire centré sur Plekanec.

jeudi 5 juillet 2012

Les pieds nickelés

Bergevin, après avoir fait le tour des agents libres, a décidé de faire de la place aux jeunes plutôt que de donner des gros contrats aux joueurs autonomes de premier plan.

Si l'idée est de donner la chance aux jeunes de faire leur place, je suppose qu'on doit comprendre ça dans une perspective à long terme et que ça explique que les joueurs mis sous contrat sont tous, sans exception, des joueurs de la LNH. Mais ce sont aussi tous, sans exception, des joueurs qu'on peut aisément tasser sur la 4e ligne pour faire de la place à un jeune loup. Soit. Ce sont aussi des "guerriers", durs à leur corps, capables de se battre, etc.. Vous connaissez la chanson.

Observons un instant, en reprenant les tableaux utilisés il y a peu pour décrire les principaux agents libres disponibles, ce qui constitue aujourd'hui le fond d'alignement du Canadien.

Armstrong et Prust


  • Armstrong est tombé dans un trou noir quelque part à Toronto. À lire les chiffres, il était un authentique ailier de minutes dures à Atlanta, prenant sa large part de mises en zone défensive, contre les meilleurs, mais contribuant quand même à générer beaucoup de tirs au but. Petit détail: selon behindthenet.ca, ses coéquipiers les plus fréquents étaient Evander Kane en 09-10, Rich Peverley en 08-09 et... Sidney Crosby! en 07-08 (il a été échangé à Atlanta contre Marian Hossa). Armstrong, donc, a bénéficié de solides coéquipiers dans des tâches difficiles. Faudra voir, mais le gars est peut-être encore un très bon second pour des mangeurs de minutes dures. À Toronto, il a principalement joué avec des joueurs de fond d'alignements. Donc, outre les blessures, on a peut-être un passager sous la main. À 1 million, le risque est inexistant.
  • Prust a vu son rôle changer au cours des deux dernières saisons. Joueur de 4e trio au départ, Tortorella en a clairement fait un ailier de 3e trio défensif, comme en témoignent ses ratios de mises en zone offensive et ses indices de qualité des adversaires affrontés. Dans ces circonstances, en jouant essentiellement avec Boyle et Fedotenko, il s'est cantonné à un rôle défensif. Fait à noter, il se met alors à attirer plus de pénalités qu'il n'en prend, ce qui est bon signe. Un bon mangeur de claques, mais encore une fois un joueur de soutient, pas un meneur de jeu. Je ne sais pas pourquoi on persiste à le lister comme centre, le gars a dû prendre 12 mises en jeu au cours des 4 dernières saisons. Autre détail au sujet de Prust: il semble fort portable en désavantage numérique, ce qui en temps normal lui donnerait sa plus grande valeur. Vaut-il 2.5 millions pour 4 ans? Non, absolument pas. Surtout pour une équipe qui compte les Moen, White, Plekanec, Gionta et Eller dans ses rangs, tous d'excellents joueurs de désavantage numérique.
Moen et White

  • White présente un profil similaire à Prust, ce qui augmente d'autant ma perplexité face à la signature de l'autre. S'il donne 75% de ce que Prust donne à 25% du prix... Ben... White a été parfaitement brutalisé aux confrontations l'an dernier, en plus de se faire casser la face par Grudbanson en fin de saison. On peut se demander s'il n'y a pas en lui, quelque part, un équivalent en devenir de ce qu'est Moen.
  • Ce tableau nous indique la réelle qualité de Moen, soit un positionnement défensif impeccable qui lui vaut encore et encore la totale confiance de ses patrons. Si les 3 autres ont quelques saisons de 4e trio (7-8 minutes par match) sous la cravate, Moen lui a toujours ses minutes de top-9, et presque toujours des indices fort élevés de qualité des adversaires affrontés. De plus, Moen est versatile: il peut tenir le fort sur un gros trio et jouer aussi bien à droite qu'à gauche. Un vrai plombier de qualité. Je prends le temps d'indiquer ça parce qu'à mon sens, ni Prust ni Armstrong ne sont de son calibre et, en ce sens, j'ai des doutes sur ce que ça impose comme composition de fond d'alignement.
On pourrait croire à lire ce que je viens d'écrire que le feu est pris et que le club aura beaucoup de difficulté à vivre le fait que Bergevin ait choisi de laisser passer un an sur les contrats enclume le temps que la nouvelle convention soit signée et analysée. Le choix attentiste de Bergevin est le bon, selon moi. Son choix de plombier est plus douteux. Mais ça n'est pas aussi dramatique qu'on peut le croire de prime abord. Honnêtement, cet alignement est un joli test pour Therrien. Un beau rouleau de corde pour se pendre s'il fait le con, mais il a de quoi faire.

À suivre.