Commençons par nos trois ailiers de premier plan, Gionta, Pacioretty et Cole. Les données sortent de l'indispensable behindthenet.ca ; à droite du tableau, on retrouve le rang occupé par le joueur parmi ses coéquipiers jouant à l'avant et ayant participé à un minimum de 20 parties dans une saison donnée. Outre ces rangs, je vous invite à prendre note des colonnes Tirs/60 et %Tirs.
- L'ascension météorique de Pacioretty saute ici aux yeux. Oui, ses rations de mises en zone offensive ont augmenté avec le temps ainsi que la qualité de ses coéquipiers, mais le fait est que 15 tirs à l'heure, c'est excellent. La classification de la qualité des adversaires affrontés cette dernière saison ne lui rend pas justice, selon moi. Martin l'a clairement protégé en début d'année puis, lorsque réunit à Cole et Desharnais, ce trio a pris des charges de plus en plus importantes et Pacioretty a mis un certain temps à s'y adapter. Mais il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'il y a eu progression et qu'une exposition plus sérieuse aux adversaires coriaces ne lui nuira pas outre mesure.
- Cole a eu, au cours de la saison, des séquences parfaitement torrides quant aux chances de marquer. Il faudra y revenir plus en détail, mais au total, on constate que s'il a connu une certaine résurgence comparativement aux saisons précédentes, le bénéfice semble en partie imputable au niveau de compétition plus faible rencontré cette saison. On ne doit pas s'attendre à beaucoup plus de lui (c'est déjà un excellent contributeur!) et une certaine régression peut être en vue. Reste qu'une chose ressort, par rapport à Pacioretty, qui renvoie aux différences de styles des deux joueurs. Cole aime couper au filet, passer sous le défenseur, alors que Pacioretty affectionne plutôt les maraudages et les attaques du haut de l'enclave, d'où il peut pleinement utiliser son puissant tir. Résultat: 3 tirs de plus à l'heure pour Pacioretty, mais une distance moyenne inférieure de près de 7 pieds pour Cole! On voit que les pourcentages de réussite de Pacioretty ont longtemps été très bas avant d'atteindre le 9% la saison dernière. On ne doit pas attendre du 67 des taux de réussite de 10% chaque saison.
- Gionta apparaît ici comme un véritable métronome, tant aux distances qu'aux taux de tirs générés à l'heure. Si son ratio de tirs a connu une baisse significative cette dernière saison, je l'attribue entièrement au fait que Martin a choisi de les enterrer, lui et Plekanec, en zone défensive contre les opposants les plus coriaces. Dans ces circonstances, qu'il soit encore à 13 tirs à l'heure est rassurant. Gio vieilli bien. S'il nous donne 70 matchs l'an prochain, c'est une grosse partie du puzzle qui se trouve résolue.
À ces 3 ailiers, on ajoutera peut-être un quatrième larron, qui sera appelé à combler le vide laissé par un certain Mike Cammalleri, vide que Kostitsyn a parfois été appelé à combler. Retour rapide, donc, sur Kostitsyn et Cammalleri, en ajoutant un 3e nom qui risque de circuler par moments, Latendresse.
- Latendresse n'a que 3 saisons à son compte, puisqu'il n'a pas franchi le cap des 20 matchs au cours des deux dernières campagnes. Quand même, je note que son passage à Montréal et sa première saison au Minnesota l'ont vu augmenter sensiblement puis maintenir son ratio de tirs au but sans toutefois être terriblement protégé aux mises en jeu. En fait, on constate qu'il a été utilisé dans un rôle plutôt défensif en 2007-08 (42% de mises en zone offensive), puis dans un rôle plus neutre l'année suivante, sans pour autant aller voir du côté des minutes dures en matière d'opposition. En ce sens, la progression enregistrée aux tirs tentés est nette et un bon signe. Sans atteindre les ratios de Pacioretty et Gionta, ni non plus abaisser les distances au niveau de Cole, le gros Gui semblait quand même apte à contribuer offensivement. Sa dernière grosse saison l'a vu taper le jackpot aux taux de réussite, mais a aussi confirmé sa capacité à tenir son bout au temps de possession dans les minutes de top-9. Cette capacité de Latendresse à asseoir le jeu en zone offensive (notamment par son aptitude à dominer dans les coins) était un point saillant de son jeu, un élément mal compris par Martin et son équipe. Si Bergevin veut donner du poids au trio d'Eller ou Plekanec, le gros mérite certainement un essai.
- Les stats consolidées ne sont pas flatteuses pour Cammalleri. Il semble, au final, avoir réchappé sa saison sur le taux de réussite des tirs, mais l'effondrement aux tirs tentés est bien réel. Cammalleri continuait, aux fêtes, à obtenir sa part de chances de marquer, et on peut soupçonner que la baisse de production aux tirs peut être imputable en partie à son passage au centre à Calgary. Quand même, signé à 6 millions par saison il y a 3 ans (alors que le plafond tournait autour de 60 millions), Cammalleri nous donne une bonne idée de ce que le CH aurait à débourser, en pourcentage du plafond, pour aller chercher un des gros marqueurs présentement sur le marché. Si son volume de tirs a toujours été robuste sans être exceptionnel, c'est son "finish" qui l'a souvent sauvé. De plus, sur 5 saisons, le gars ressemble plus à un joueur de 65 matchs qu'à autre chose.
- Le gros Kostitsyn, vu sous cet angle, a un profil intéressant. Pas le plus gros producteur de tirs et, à ce titre, victime lui aussi d'un effondrement brutal cette saison. Rompu aux minutes dures depuis 3 ans, on voit qu'au mieux il y a tenu son bout au temps de possession, sans plus. Pas un meneur de jeu, mais un utile tâcheron de top-6, quoi. Je suis très curieux de voir où il aboutira.
Ça nous laisse donc 3 ailiers à considérer. Rick Nash, disponible par la voie des échanges, Alex Semin et Zach Parisé par la voie des agents libres. Est-ce qu'un de ces joueurs est susceptible d'intéresser le CH à commettre 10-11% de son plafond salarial?
- Corey S. de nhlnumbers.com a souligné que les Blue Jackets étaient, en 2009-10 et 11-12, une équipe lamentable en possession de rondelle, mais fort honorable au cours des trois autres saisons. Rabattu aux mises et à la qualité des adversaires affrontés en 09-10, Nash a vu son taux horaire de tirs tentés tomber au niveau d'un bon ailier de top-9, tout en restant parmi les meilleurs de son club au temps de possession. Outre cette saison-là, on peut voir qu'il continue à afficher une production de tirs robuste, franchement supérieure à ce qu'on attend d'un ailier offensif ordinaire. Graissé aux mises en 10-11 (57% de départs offensifs), il a même touché le 16 tirs à l'heure. Nash n'est peut-être pas Ovechkin (qui lui-même n'est plus Ovechkin, mais passons) et il est certainement payé très cher, mais il appartient indubitablement aux grosses pointures de la ligue. Toute équipe qui fait son acquisition tassera avec profit un des ailiers de son top-6 et de son avantage numérique pour lui faire une place et le CH ne fait pas exception. Reste à voir ce que Howson demande en retour. De plus, signé jusqu'à l'âge de 34 ans (il en a 28), il est durable et on peut attendre encore 3-4 bonnes saisons de sa part et la fin de son contrat ne devrait pas être trop pénible à regarder aller.
- Parise est un cas intéressant. Ayant mené comme capitaine son équipe jusqu'à la finale, il est nimbé d'une certaine aura. De plus, tant aux points qu'aux microstats, ses 3 saisons précédant sa blessure au genou étaient splendides: favorisé ou non aux mises en jeu, il a produit des tirs au but en quantité industrielle (plus que Pacioretty!). Sa production a lourdement chuté l'an dernier, mais il a aussi coupé la distance moyenne de ses tentatives, approchant le score de Cole. Appelé à jouer contre les meilleurs, il traîne continuellement parmi les meilleurs de son club au temps de possession. De plus, contrairement à Semin et Nash, Parise joue en désavantage numérique. Bref, un joueur complet, qui s'il n'est probablement plus le joueur dominant d'avant sa blessure, reste un authentique leveur de fonte capable de contribuer dans les 3 zones, dans les 3 situations. À 8 millions, ce serait un prix énorme à payer, mais vu d'ici, on parle de l'ailier parfait pour accompagner Plekanec. Alors si ce n'est que de l'argent...
- Semin n'a pas la versatilité de Parise, ni la durabilité de Nash et Parise, mais en matière de volume de tirs et de capacité à maintenir le temps de possession dans des rôles offensifs, on voit quand même la trace du marqueur de haut niveau. Gavé de mises en zone offensive, il est capable de tenir des volumes remarquables. La dernière saison l'a vu connaître une basse marquée de ce même volume de tir, alors prudence. Mais quand même, on parle ici d'un joueur dont l'actuelle trajectoire se compare très favorablement à celle d'un Cammalleri. Sachant qu'il peut jouer à l'aile gauche (on l'avait muté à droite pour jouer avec un certain #8), je suis curieux de voir combien il obtiendra. Qu'on aime ou non sa réputation, Semin est un talent rare dans la LNH.










