samedi 30 juin 2012

Les tontons flingueurs

Quelques bons francs tireurs vont tenter leur chance sur le marché des joueurs autonomes demain midi. Je me suis dit qu'il serait intéressant de les comparer à ce qu'on a déjà sous la main.

Commençons par nos trois ailiers de premier plan, Gionta, Pacioretty et Cole. Les données sortent de l'indispensable behindthenet.ca ; à droite du tableau, on retrouve le rang occupé par le joueur parmi ses coéquipiers jouant à l'avant et ayant participé à un minimum de 20 parties dans une saison donnée. Outre ces rangs, je vous invite à prendre note des colonnes Tirs/60 et %Tirs.




  • L'ascension météorique de Pacioretty saute ici aux yeux. Oui, ses rations de mises en zone offensive ont augmenté avec le temps ainsi que la qualité de ses coéquipiers, mais le fait est que  15 tirs à l'heure, c'est excellent. La classification de la qualité des adversaires affrontés cette dernière saison ne lui rend pas justice, selon moi. Martin l'a clairement protégé en début d'année puis, lorsque réunit à Cole et Desharnais, ce trio a pris des charges de plus en plus importantes et Pacioretty a mis un certain temps à s'y adapter. Mais il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'il y a eu progression et qu'une exposition plus sérieuse aux adversaires coriaces ne lui nuira pas outre mesure.
  • Cole a eu, au cours de la saison, des séquences parfaitement torrides quant aux chances de marquer. Il faudra y revenir plus en détail, mais au total, on constate que s'il a connu une certaine résurgence comparativement aux saisons précédentes, le bénéfice semble en partie imputable au niveau de compétition plus faible rencontré cette saison. On ne doit pas s'attendre à beaucoup plus de lui (c'est déjà un excellent contributeur!) et une certaine régression peut être en vue. Reste qu'une chose ressort, par rapport à Pacioretty, qui renvoie aux différences de styles des deux joueurs. Cole aime couper au filet, passer sous le défenseur, alors que Pacioretty  affectionne plutôt les maraudages et les attaques du haut de l'enclave, d'où il peut pleinement utiliser son puissant tir. Résultat: 3 tirs de plus à l'heure pour Pacioretty, mais une distance moyenne inférieure de près de 7 pieds pour Cole! On voit que les pourcentages de réussite de Pacioretty ont longtemps été très bas avant d'atteindre le 9% la saison dernière. On ne doit pas attendre du 67 des taux de réussite de 10% chaque saison.
  • Gionta apparaît ici comme un véritable métronome, tant aux distances qu'aux taux de tirs générés à l'heure. Si son ratio de tirs a connu une baisse significative cette dernière saison, je l'attribue entièrement au fait que Martin a choisi de les enterrer, lui et Plekanec, en zone défensive contre les opposants les plus coriaces. Dans ces circonstances, qu'il soit encore à 13 tirs à l'heure est rassurant. Gio vieilli bien. S'il nous donne 70 matchs l'an prochain, c'est une grosse partie du puzzle qui se trouve résolue.
À ces 3 ailiers, on ajoutera peut-être un quatrième larron, qui sera appelé à combler le vide laissé par un certain Mike Cammalleri, vide que Kostitsyn a parfois été appelé à combler. Retour rapide, donc, sur Kostitsyn et Cammalleri, en ajoutant un 3e nom qui risque de circuler par moments, Latendresse.


  • Latendresse n'a que 3 saisons à son compte, puisqu'il n'a pas franchi le cap des 20 matchs au cours des deux dernières campagnes. Quand même, je note que son passage à Montréal et sa première saison au Minnesota l'ont vu augmenter sensiblement puis maintenir son ratio de tirs au but sans toutefois être terriblement protégé aux mises en jeu. En fait, on constate qu'il a été utilisé dans un rôle plutôt défensif en 2007-08 (42% de mises en zone offensive), puis dans un rôle plus neutre l'année suivante, sans pour autant aller voir du côté des minutes dures en matière d'opposition. En ce sens, la progression enregistrée aux tirs tentés est nette et un bon signe. Sans atteindre les ratios de Pacioretty et Gionta, ni non plus abaisser les distances au niveau de Cole, le gros Gui semblait quand même apte à contribuer offensivement. Sa dernière grosse saison l'a vu taper le jackpot aux taux de réussite, mais a aussi confirmé sa capacité à tenir son bout au temps de possession dans les minutes de top-9. Cette capacité de Latendresse à asseoir le jeu en zone offensive (notamment par son aptitude à dominer dans les coins) était un point saillant de son jeu, un élément mal compris par Martin et son équipe. Si Bergevin veut donner du poids au trio d'Eller ou Plekanec, le gros mérite certainement un essai.
  • Les stats consolidées ne sont pas flatteuses pour Cammalleri. Il semble, au final, avoir réchappé sa saison sur le taux de réussite des tirs, mais l'effondrement aux tirs tentés est bien réel. Cammalleri continuait, aux fêtes, à obtenir sa part de chances de marquer, et on peut soupçonner que la baisse de production aux tirs peut être imputable en partie à son passage au centre à Calgary. Quand même, signé à 6 millions par saison il y a 3 ans (alors que le plafond tournait autour de 60 millions), Cammalleri nous donne une bonne idée de ce que le CH aurait à débourser, en pourcentage du plafond, pour aller chercher un des gros marqueurs présentement sur le marché. Si son volume de tirs a toujours été robuste sans être exceptionnel, c'est son "finish" qui l'a souvent sauvé. De plus, sur 5 saisons, le gars ressemble plus à un joueur de 65 matchs qu'à autre chose.
  • Le gros Kostitsyn, vu sous cet angle, a un profil intéressant. Pas le plus gros producteur de tirs et, à ce titre, victime lui aussi d'un effondrement brutal cette saison. Rompu aux minutes dures depuis 3 ans, on voit qu'au mieux il y a tenu son bout au temps de possession, sans plus. Pas un meneur de jeu, mais un utile tâcheron de top-6, quoi. Je suis très curieux de voir où il aboutira.
Ça nous laisse donc 3 ailiers à considérer. Rick Nash, disponible par la voie des échanges, Alex Semin et Zach Parisé par la voie des agents libres. Est-ce qu'un de ces joueurs est susceptible d'intéresser le CH à commettre 10-11% de son plafond salarial?



  • Corey S. de nhlnumbers.com a souligné que les Blue Jackets étaient, en 2009-10 et 11-12, une équipe lamentable en possession de rondelle, mais fort honorable au cours des trois autres saisons. Rabattu aux mises et à la qualité des adversaires affrontés en 09-10, Nash a vu son taux horaire de tirs tentés tomber au niveau d'un bon ailier de top-9, tout en restant parmi les meilleurs de son club au temps de possession. Outre cette saison-là, on peut voir qu'il continue à afficher une production de tirs robuste, franchement supérieure à ce qu'on attend d'un ailier offensif ordinaire. Graissé aux mises en 10-11 (57% de départs offensifs), il a même touché le 16 tirs à l'heure. Nash n'est peut-être pas Ovechkin (qui lui-même n'est plus Ovechkin, mais passons) et il est certainement payé très cher, mais il appartient indubitablement aux grosses pointures de la ligue. Toute équipe qui fait son acquisition tassera avec profit un des ailiers de son top-6 et de son avantage numérique pour lui faire une place et le CH ne fait pas exception. Reste à voir ce que Howson demande en retour. De plus, signé jusqu'à l'âge de 34 ans (il en a 28), il est durable et on peut attendre encore 3-4 bonnes saisons de sa part et la fin de son contrat ne devrait pas être trop pénible à regarder aller.
  • Parise est un cas intéressant. Ayant mené comme capitaine son équipe jusqu'à la finale, il est nimbé d'une certaine aura. De plus, tant aux points qu'aux microstats, ses 3 saisons précédant sa blessure au genou étaient splendides: favorisé ou non aux mises en jeu, il a produit des tirs au but en quantité industrielle (plus que Pacioretty!). Sa production a lourdement chuté l'an dernier, mais il a aussi coupé la distance moyenne de ses tentatives, approchant le score de Cole. Appelé à jouer contre les meilleurs, il traîne continuellement parmi les meilleurs de son club au temps de possession. De plus, contrairement à Semin et Nash, Parise joue en désavantage numérique. Bref, un joueur complet, qui s'il n'est probablement plus le joueur dominant d'avant sa blessure, reste un authentique leveur de fonte capable de contribuer dans les 3 zones, dans les 3 situations. À 8 millions, ce serait un prix énorme à payer, mais vu d'ici, on parle de l'ailier parfait pour accompagner Plekanec. Alors si ce n'est que de l'argent...
  • Semin n'a pas la versatilité de Parise, ni la durabilité de Nash et Parise, mais en matière de volume de tirs et de capacité à maintenir le temps de possession dans des rôles offensifs, on voit quand même la trace du marqueur de haut niveau. Gavé de mises en zone offensive, il est capable de tenir des volumes remarquables. La dernière saison l'a vu connaître une basse marquée de ce même volume de tir, alors prudence. Mais quand même, on parle ici d'un joueur dont l'actuelle trajectoire se compare très favorablement à celle d'un Cammalleri. Sachant qu'il peut jouer à l'aile gauche (on l'avait muté à droite pour jouer avec un certain #8), je suis curieux de voir combien il obtiendra. Qu'on aime ou non sa réputation, Semin est un talent rare dans la LNH.

vendredi 29 juin 2012

La veille de Noël

Je ne pense pas que le CH sera très actif sur le marché des joueurs autonomes. Non seulement l'alignement actuel est-il presque complet, mais en plus, l'équipe est en "reconstruction" et de nombreux espoirs vont faire leurs classes cet hiver à Hamilton. C'est donc bien l'an prochain, me semble-t-il, que Bergevin aura une idée plus claire de ses besoins et des moyens dont il dispose pour les combler.

J'ajouterais que le marché de cet été risque d'être passablement difficile. Voici, tirée de CapGeek, la liste des équipes avec les montants engagés à ce jour.


20 des 30 clubs sont sous l'actuel plancher salarial, qui tourne autour de 55 millions. Bien des clubs, donc, doivent dépenser. 7 clubs doivent engager en moyenne plus de 2 millions par joueur (avant d'atteindre la limite des 23 joueurs sur le grand club) pour atteindre les 55 millions...

Les Parise, Suter, Carle et autres Semin vont passer à la caisse. De plus, on peut s'attendre à des contrats à long terme.

Si on donne 1 million à Emelin, que des joueurs comme Diaz et St-Denis signent leur offre qualificative, si on signe Price à 6,5 millions comme l'indique MacKenzie et Subban autour de 5 millions par saison, le club est relativement complet.

Avec 8 défenseurs signés, la question est de savoir si Bergevin souhaite essayer Emelin comme quatrième défenseur. Diaz, St-Denis, Khaberle et Weber donnent pas mal de choix à Therrien côté personnel pour la 3e paire. Je pourrais comprendre que Bergevin décide de signer un défenseur pour pousser Emelin en 3e duo, mais autrement, un quelconque vétéran de 3e paire me semble un pur gaspillage.

Reste l'attaque. À mon sens, Bergevin n'a pas besoin de bouger très fort. Le marché n'est pas à son avantage et les attentes au sujet du club sont franchement basses. Aussi bien en profiter, non? Son pire ennemi reste malgré tout le marché Montréalais, qui canalise et impose par le truchement du monde médiatique, une représentation parfaitement absurde de son club de hockey. La Sainte Trinité Desharnais/Cole/Pacioretty à ne jamais séparer, Gomez dans la ligue américaine pour libérer de l'espace sous le plafond, Nokelainen qui gagne des mises en jeu, Ryan White qui se bat tout le temps parce qu'il a du courage... Ma vraie crainte au sujet de Therrien réside dans le fait qu'il vient du monde médiatique montréalais et est par conséquent susceptible d'en appliquer les recettes les plus épaisses.

Pour moi, il tombe sous le sens que Desharnais est probablement plus à sa place à l'aile qu'au centre, que Gomez est encore  parfaitement capable de jouer au centre d'un troisième trio et que Pacioretty et Plekanec, les deux meilleurs attaquants du club, doivent jouer ensemble. Vu de mon perchoir, donc, les trous dans l'alignement sont les suivants:


Et encore, si Bergevin signe un gros ailier droit capable de compter 20 buts dans les minutes dures qu'on envoie porter la boîte à lunch de Pleks et Pacioretty, ça permet de réunir Gionta à Bourque et Gomez, ce qui donne un deuxième trio correct et permet à Eller, Cole et Desharnais de trucider les fonds d'alignement adverses. On parle d'un joueur de 3-4 millions, donc, pour avoir un top-9 versatile et complet. Et pendant ce temps, les petiots prennent du galon à Hamilton et profitent des blessures pour montrer ce qu'ils ont dans le ventre. Pas besoin de donner un contrat de 12 ans à Parise, là.

Cet alignement que je propose est certainement à des années-lumières de ce qui se trame au Centre Bell et c'est pourquoi j'ai bien hâte de voir Bergevin aller.

mercredi 6 juin 2012

La garde prétorienne

Vais être totalement honnête avec vous, gang. J'ai complètement déconnecté du hockey depuis la fin de la saison. À un moment donné, faut savoir prendre du recul et se refaire un zen avant d'y retourner. Concrètement, pour moi ça veut dire que j'ai l'intention de recommencer à publier régulièrement du stock après le premier juillet. Je n'écarte pas la possibilité de quelques petites rechutes d'ici là, mais on aura alors eu le repêchage, les premiers jours du marché des agents libres et la décision d'embaucher Therrien pour nous donner un premier vrai tableau de ce que Bergevin a en tête.

À lire à gauche et à droite, repiquant ainsi sans honte ni scrupules les idées d'autrui, il y a quand même déjà certains éléments qui me semblent ressortir. Détail déprimant: j'ai perdu toute capacité de synthèse, ce qui implique que j'exprime maintenant en 1500 ce qui en prenait autrefois 300. Mes excuses les plus plates.

  • Bergevin s'est entouré de vieux potes, ce qui fait sens d'un point de vue politique. Le Canadien est une vieille et puissante (je parle de cash, là) organisation, employant un grand nombre de personnes, autour de laquelle gravite encore plus de monde. Le CH est probablement une des plus imposantes organisations, numériquement parlant, de la LNH. Tiré dans cette fournaise, un DG se doit d'abord et avant tout de s'entourer d'une garde prétorienne. Je crois que c'est ce que Bergevin a fait en allant pêcher des gars comme Marchment et Dudley.
  • Franchement, ses vieux potes me semblent aussi être de la vieille école la plus absolue. Dudley est celui de qui on a le plus entendu parler et s'il est représentatif de l'approche de l'équipe Bergevin 1.0, Mike Blunden a de bonnes chances de faire le club l'an prochain. Plus précisément, l'approche de l'organisation me semble s'orienter vers une certaine représentation idéalisée du bon vieux hockey, du genre à se donner comme priorité de bâtir une équipe "grosse, robuste, rapide et talentueuse". Une équipe constituée de 20 clones d'Eric Lindros à 23 ans est effectivement hautement souhaitable, mais parfaitement irréalisable. En ce sens, le club me semble s'éloigner d'une perspective plus analytique, qui identifie une équipe en saison non pas à un parc de bovidés d'exposition, mais plutôt à un ensemble de processus à optimiser pour maximiser les chances d'atteinte des objectifs les plus élevés. Si elle semble bassement gestionnaire de par son vocabulaire, cette perspective se manifeste selon moi surtout par une réelle volonté d'identifier clairement les contingences pour ainsi les enlever du plan de travail, pour se consacrer à ce qui peut réellement améliorer l'équipe que l'on a présentement en main. Ce ne sont que des impressions et, comme je l'ai dit, ce dont le club semble s'éloigner présentement constitue selon moi une tendance mondiale et irréversible.
  • S'il me semble parfaitement concevable que Bergevin s'en éloigne par traditionalisme et surtout par choix politique (et l'accent sur la tradition *est* un choix politique) et si ce constat me chagrine, je crois aussi que le DG du CH va embarquer dans le train plus tôt que tard, ne serait-ce que par simple pression compétitive. Je garde par conséquent l'esprit ouvert et je ne m'attends pas à voir se révéler à moi, après les 3 premiers mois de son règne, la substantifique substance de sa conception de ce que doit être un club de hockey. Joueurs comme gestionnaires, je considère que les hommes de hockey réussissent tous de la même façon: lorsqu'ils arrivent à un nouveau niveau de compétition, ils tablent à plein sur ce qui les a amenés là, sur leurs forces. Puis, au fur et à mesure qu'ils prennent leurs marques, ils s'adaptent, se transforment et se développent. S'ils sont incompétents, ils ne réussissent tout simplement pas à se trouver une force sur laquelle miser, à franchir la première étape. C'est ce qui fut la perte de Cunneyworth: sans autorité sur son club, sans préparation, sans mandat, il ne faisait au bout du compte pas grand-chose, ne m'a jamais laissé l'impression d'établir quoi que ce soit qui lui soit propre au-delà d'un schéma de jeu de puissance désespérément inefficient. Ce qui me fait dire qu'il ne fera probablement pas carrière dans la LNH. Pour ce qui est de Bergevin, je crois que c'est après la date limite des transactions de la saison 2012-13 qu'on aura une vraie idée de ce qu'il sait faire. À ce niveau-là, les gestes publics sont si peu nombreux que ça prend le temps que ça prend avant d'avoir une idée de ce qui se passe.
  • Je pense que l'embauche de Therrien est, si on accepte mon raisonnement, parfaitement compréhensible et même habile. Therrien a de l'expérience et de nombreux contacts dans les médias francophones, ce qui devrait normalement constituer de réels atouts sur le plan des relations publiques. Mais si on garde à l'esprit la situation "politique" de Bergevin, je pense que ce côté "médiatique" n'est que la pointe de l'iceberg. Âgé aujourd'hui de 48 ans, Therrien a près de 500 matchs d'expérience dans la LNH, il connaît le tabac et saura donc prendre en main le club. Mais surtout, surtout, à 48 ans, alors qu'il devrait être au faîte de sa carrière, Therrien est désespéré. RDS, pour un ex-coach, ça n'est pas le purgatoire, c'est l'enfer: on n'en revient pas. Ce que Bergevin donne à Therrien, donc, c'est sa seule, unique et dernière chance de faire carrière comme coach dans la LNH. Si Gauthier s'est débarrassé de Martin, c'est (mon hypothèse, ok?) parce que ce dernier en menait large, très large et que le DG en avait assez de se faire asticoter (Gauthier n'est pas Gainey). Bergevin, lui, aura comme coach un garde prétorien puissamment motivé. Et contrairement à Gauthier avec Cunneyworth, Bergevin n'est pas dans une position où il se doit de téléguider son coach: ce dernier a de l'expérience et saura se démerder. C'est utile dans la gestion de tous les jours (surtout que le gars ne s'obstinera jamais trop fort) et c'est encore plus utile le jour ou tu dois le sacrer dehors. Bergevin a donc évité de refaire l'erreur de Gauthier. J'imagine peut-être des affaires, mais je pense que c'est habile.
  • Therrien, donc. Mathieu, commentateur émérite de ce blogue (il y a écrit presque autant que moi, ne nous leurrons pas), faisait le commentaire suivant sur Twitter: "Therrien is not only ineffective, he's also a bad fit: a disciplinarian indifferent to tactics for a hard-working but unstructured club.". Si je me fie au conservatisme initial de Bergevin, Therrien héritera donc d'une équipe qui est encore fondamentalement celle du tandem Martin/Gauthier. Le constat de Mathieu me semble recouper ce que j'ai lu ailleurs sur Therrien, en remontant jusqu'à Claude Julien qui, après avoir succédé à Therrien à la barre du Canadien, expliquait en substance que le problème du club était alors que s'il travaillait fort, il travaillait mal, prônant un jeu déstructuré où les joueurs couraient partout, dépensaient des tonnes d'énergies pour finalement pas grand-chose. Therrien, en ce sens, ressemblerait diablement à Cunneyworth. La grosse différence d'avec Cunneyworth, c'est que Bergevin aura, s'il y pense, le luxe de s'assurer de lui donner des adjoints qui le complètent; Therrien n'est surtout, surtout pas en mesure de faire un plat de la chose. C'est une fois ceux-ci nommés que l'on pourra commencer à se faire une idée de ce que Therrien va imprimer comme mouvement au club. Un bon tacticien dans son équipe serait un bon départ. Pas besoin d'avoir Jacques Lemaire comme assistant-entraîneur, là. Bien que ce dernier l'ait déjà fait pour Vigneault. Et que le CH aurait les moyens de le payer 5 fois le salaire de son coach. Et que Therrien serait juste trop content de voir ainsi boostée sa carrière jusque-là morte et enterrée. Bah, on jase, là...
  • Le traditionalisme et l'approche "old boys network" n'interdisent pas une réelle compétence, mais elles n'en mettent pas moins le club dans une position initiale qui ressemble à un début de porte-à-faux par rapport à la direction prise par le sport professionnel en général. Mais je pense qu'on surestime le dogmatisme de ce mode de pensée parce qu'on y a généralement accès par le truchement des médias traditionnels, souvent un terreau fertile pour bêtises de tout acabit. Les commentaires de Julien sur l'inefficacité du club sous Therrien étaient notamment en réponse à une théorie old-school qui circulait alors dans les médias: le club écrasait systématiquement en 3e période parce que composé de joueurs trop petits qui, parce que trop petits, se fatiguaient plus rapidement. L'insondable bêtise de la chose s'accompagnait d'une autre stupidité canonique: si Therrien s'est fait mettre à la porte du club en 2003, c'est parce qu'il "n'était pas l'homme de Gainey". Je soulignerai simplement que Gainey, archétype de l'ex-joueur old-school plogué dans le old-boys network devenu DG qui s'entoure de ses potes partout où il va (helloooo Carboooo!), Gainey, donc, s'était empressé de remplacer Therrien par un coach tout entier dévoué au jeu systématique et structuré.
Si tant est qu'on ne fasse pas l'erreur de donner deux gérants d'émotion qui laissent la tactique à Therrien, je ne suis pas trop inquiet. Alors voilà, reste à attendre la suite des choses.