dimanche 4 mars 2012

Cunneyworth et Martin au fil du temps

Les habitués de la section commentaires de ce blogue connaissent bien Mathieu, qui en plus de ses interventions au fil de l'actualité, pousse parfois un petit texte que je publie ici. Il a lui aussi concocté une analyse comparée des règnes de Cunneyworth et Martin, qu'il me fait plaisir de partager avec vous.

Alors que j'ai choisi de présenter plusieurs indicateurs en tableaux, regroupant la saison en quatre périodes, Mathieu présente plutôt le règne des deux coachs sous la forme de chronologies parallèles. Ça donne une autre perspective, que je trouve extrêmement intéressante.

Sans plus de cérémonie, je passe le clavier à Mathieu.
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Olivier nous a parlé des différences en termes de production de chances à l'heure entre les coachs. Personnellement, j'ai plutôt pensé à faire des courbes du temps comparées, maintenant que les deux coachs ont 32 matches en banque. Ça nous permettra d'illustrer, dans une certaine mesure, la progression des deux en fonction du temps. Il faudra bien sûr prendre le tout avec le recul voulu; les variations de personnel furent significatives toute l'année, et ont fortement joué dans les fortunes du Canadien.

Sans plus attendre, voici les tableaux. Dans tous les cas, la ligne bleue représente Martin, la ligne rouge représente Cunneyworth, et la gauche du graphique, le premier match de leur séquence respective en 2011-2012. Et seuls les 32 premiers matches de Cunneyworth sont comptabilisés. Les données sont le fruit des collections de données d'Olivier; j'ai fait un peu de magie informatique pour entrer le tout dans une base de données qui permet des requêtes complexes, mais le gros du travail fut le sien.

Cumulatif des points au classement par rapport à la barre des .500:


Comme on le voit, Cunneyworth ne paraît pas bien du tout; en 32 matches, il a perdu au total 7 points de la cadence, tandis que Martin est à +1. Si on étend sur 82 matches, on voit que Martin se dirigeait vers une saison de 85 points, ce qui, sans être exactement transcendant, est quand même supérieur aux 64 points que représente la projection de Cunneyworth (ce qui battrait Columbus, mais personne d'autre).

Mais, on le sait, la victoire et la défaite ne vont pas toujours au mérite. Qu'en est-il des performances sous-jacentes du club? Regardons d'abord l'évolution du différentiel de buts, une fois élagués les buts dans les filets déserts et autres buts de fusillade:


Si la séquence de Martin demeure généralement supérieure à celle de Cunneyworth, on note immédiatement deux choses: primo, que c'est autrement plus rapproché, au point qu'on ne peut raisonnablement affirmer de la supériorité réelle de Martin; secundo, que ni un coach ni l'autre n'auront reçu des résultats en rapport avec leur différentiel de buts. Martin finit à +4 ce qui devrait normalement mener à environ autant de victoires que de défaites, et normalement, grâce aux points de perdants, à une place en séries; Cunneyworth est à -6, ce qui ne justifie en rien un rendement de 64 points sur 82 matches. Au total le CH est à un maigre -2, alors que les autres équipes de fond de classement se retrouvent à -20, voire pire. Le Canadien n'a pas vraiment rapport à être dans la cave de la ligue.

Passons maintenant aux chances de marquer. Voici le tableau cumulatif du différentiel des chances de marquer, telles que relevées par Olivier, toutes situations confondues:


En début de séquence, Martin et Cunneyworth se comparent; c'est à partir de leur 20e match que les deux courbes commencent à se détacher, surtout parce que celle de Cunneyworth plonge. On remarquera en outre que Jaques Martin reste au-dessus de l'eau dès le 4e match; même si l'équipe est souvent au neutre, qu'il y a nette plongée au 22e match. L'article précédent d'Olivier nous dit pourquoi, bien sûr: c'est le combo de blessures Gomez-Gionta qui frappe à ce moment. Cunneyworth entame lui aussi une plongée au 22e match – il s'agit, bien sûr, du moment de la blessure de Blunden.

...pas de farces. Le différentiel de chances de marquer du Canadien sous Cunneyworth commence à piquer du nez dès que son grinder préféré est sorti de l'alignement. Coïncidence, sans doute!

Le différentiel des chances de marquer à cinq contre cinq maintenant:


En début de saison, le Canadien domine nettement entre les matches 3 à 9, puis il fait jeu relativement égal même malgré les blessés jusqu'au renvoi de Martin. Cunneyworth part sur une plongée magistrale (la fameuse étincelle recherchée par Gauthier, sans doute), mais redresse la situation après 5 matches. Il y a ensuite une montée jusqu'au 27e match, auquel moment le CH plonge à nouveau. Je ne m'attarde pas trop sur celui-là à cause des effets de score. Je préfère me concentrer sur le prochain tableau, qui montre les mêmes données, mais limité aux situations de 'score serré', soit un but de différence en première et deuxième période, et égal en troisième:


(5 Mars : CORRECTION: Mes plus plates excuses. Une bête erreur de manipulation logicielle m'a fait rater pas un, mais deux graphiques, et qui plus est il s'agit des deux derniers, les plus importants, dans lesquelles les courbes de Cunneyworth sont les mêmes qu'au graphique précédent. C'est extrêmement gênant, mais heureusement je n'ai pas besoin de jeter toutes mes conclusions aux orties!)



Comme on le voit, dans ces situations névralgiques, le Canadien surclasse ses adversaires jusqu'au fatidique 22e match; dès lors, après une courte plongée, l'équipe se maintient à flots, sans plus. Définitivement, elle est plus faible qu'auparavant, ce qui pousse peut-être Gauthier à renvoyer Martin.

L'étincelle voulue n'a pas eu lieu, mais on n'aura pas non plus assisté à une débandade. Cunneyworth ne méritait donc pas nécessairement sa première séquence de défaites. En fait l'équipe roulait environ au neutre pour presque l'entièreté de son règne, malgré le plongeon au classement. On s'accordera que c'était moins efficace que ce que Jacques Martin a pu accomplir lors de ses 22 derniers matches, mais la situation n'aura pas réellement empiré par rapport à celle suivant les blessures de Gomez et Gionta. Cunneyworth n'aura jamais réussi à refaire du Canadien le club dominant du début de saison, mais il n'aura pas présidé à une débandade non plus.

C'est l'autre graphique qui me frappe particulièrement (encore plus une fois corrigé):



Sous Martin, le Canadien représente une réelle puissance en possession de rondelle... jusqu'à la blessure combinée de Gomez et de Gionta. Dès lors, c'est hémorragie. La chute est extrêmement brutale, mais la comparaison avec le tableau précédent, celui des chances dans les mêmes circonstances, est intrigante, parce que les deux courbes ne se suivent pas du tout. Fait inusité: malgré une perte vertigineuse de possession de rondelle, le Canadien maintient la parité aux chances, et ce sur une période d'environ 10 matches! C'est ce qui mène à cette fameuse séquence du mois de décembre, où le Canadien maintient une fiche de 3-1-3 ce qui, l'air de rien, est quand même 105 points sur 82 matches. Martin aura-t-il, au vu de son effectif réduit, concocté une stratégie ultra-défensive axée sur la couverture défensive et le 'low-event' dans l'espoir de survivre jusqu'au retour des blessés? Possible.

D'autre part, mettons que quand j'ai précédemment écrit que Cunneyworth ne favorise pas la possession de rondelle... je ne croyais pas si bien dire. La possession de rondelle, sous Cunneyworth, est constamment en descente. Au point que, pour ceux qui auront vu le graphique en erreur, la plongée de Martin en semblera moins vertigineuse. Il est intéressant de constater, cependant, qu'encore une fois les chances de marquer n'ont pas vraiment suivi et sont demeurées relativement stables pendant une bonne partie de son règne, pendant que l'équipe saignait en possession. Son style aura fait du CH une équipe moyenne, et non pas le désastre appréhendé. Reste que ça me semble un jeu extrêmement dangereux.

Conclusion? Il semble probable que Martin soit un coach supérieur à Cunneyworth, puisque ce dernier ne parvient pas aux mêmes résultats avec des effectifs comparables; mais la réalité de cette différence semble moindre qu'il n'y paraîtrait au classement. Sous Martin, le Canadien fut longtemps dominant dans toutes les situations, et au pire moyen; sous Cunneyworth, le Canadien représente au pire une équipe moyenne à forces égales, ainsi qu'aux unités spéciales (même si c'est sous une forme inhabituelle: extraordinaire à 4 contre 5 et nul à 5 contre 4). Une différence importante, certes, mais reste que le Canadien de Cunneyworth n'est pas plus un club de 64 points que le club de Martin n'en est un de 85.

Reste que Cunneyworth ne semble vraiment pas privilégier la possession de rondelle, mais c'était une continuation d'un fléchissement entamé sous Martin. Il est décevant cependant que le retour des blessés n'ait pas mené à un redressement. Je ne pense pas qu'à long terme cette stratégie est viable.

Ce qui est certain, donc, c'est que ni Martin, ni Cunneyworth ne méritent de présider une équipe qui est dernière de sa conférence. Chez l'un comme chez l'autre, tant la possession de rondelle que les chances de marquer pointent vers une équipe qui devrait, à tout le moins, se trouver au plus fort de la course pour une place en séries, voire même confortablement installée en celles-ci.

Et, finalement, ces courbes des 22 premiers matches du Canadien sont à pleurer; on ne peut qu'imaginer ce que l'équipe aurait pu accomplir, si elle n'avait été déraillée par les blessures et le congédiement de Martin.

13 commentaires:

Simon Lamarche a dit…

Hmmm, tu parles de la plongée de Cunneyworth à son tout début: à sa défense, ce n'est que la suite de la plongée que l'équipe avait pris au match #22. Martin n'avait pas arrêté l'hémoragie avant son congédiement, RC n'a pas pu le faire non plus.

Dans le fond, l'étincelle recherchée n'était pas là, mais RC ne coule pas le club autant que l'on ne pourrait le croire...

Olivier a dit…

Ce qui est surtout incriminant dans le cas de Cunneyworth, c'est que des gars comme Cammalleri, Gomez et Kostitsyn ont implosé sous sa gouverne. On ne parle pas de talents du genre Ovechkin, mais ces gars-là te donnent des options. Même quand tu remplaces Cammalleri par Bourque, tu as encore du matériel sous la main.

Mais en effet, au-delà des coachs, les blessures ont fait vraiment mal à l'équipe.

Mathieu a dit…

@Simon: Ce qu'il faut comprendre -- je pense que c'est la partie la plus intéressante de tout le texte -- c'est que bien que le CH ait coulé en possession de rondelle sous Martin dans la fameuse séquence 22-32, les chances de marquer furent relativement égales. C'est inhabituel qu'on voit ça,

Sous Cunneyworth la plongée en possession de rondelle continue... mais cette fois, *les chances de marquer suivent* et plongent également. Si Martin utilisait un système ultra-défensif low-event pour survivre, cela disparaît dès l'arrivée de Cunneyworth, et la séquence de 4 défaites du CH représente alors un fidèle reflet de la qualité de jeu du club.

Après ça, Cunneyworth parvient à faire bien jouer le club pendant 20 matches -- pas aussi dominant que sous Martin, mais rien de désastreux -- puis c'est à nouveau le plongeon.

Effectivement, une des choses à retenir des deux analyses est que le règne de Cunneyworth ne fut pas, pour de longues périodes, aussi affreux qu'on le croyait. Cependant, au moment du congédiement de Martin, il n'y avait pas réellement d'hémorragie malgré une situation de possession de rondelle qui pouvait se montrer alarmante.

Mathieu a dit…

Addendum: bien sûr, cela ne concerne que le 5 contre 5; l'écroulement complet et total du PP sous Cunneyworth ne devrait pas être passé sous silence non plus.

Mathieu a dit…

Ne tirez pas trop de conclusions pour le moment, il y a des erreurs grossières dans les deux derniers tableaux (en fait la courbe de Cunneyworth est un copier-coller de celle du tableau précédent -- maudit OpenCalc). Je ponds une correction et je l'envoie à Olivier qui, je l'espère, aura l'amabilité de la mettre en ligne dès qu'il aura fini de rire de moi. >.<

Que c'est gênant, tout ça!

Mathieu a dit…

Merci de faire la correction, Olivier! :)

Et bien sûr je la regarde et j'ai oublié d'écrire que le dernier tableau est celui des TVFs avec le score serré...

PhilM a dit…

Bon, une correction, je vais devoir annuler ma lettre d'excuses à Randy ;)

Sur le dernier tableau des TVF on voit qu'après une chute initiale, le Canadien sous Randy vivote pour à peu près ces 10 premiers matchs. La lente et inéxorable chute vers les bas-fonds coincide donc avec l'échange de Cammalleri. Je vais me garder de tirer une conclusion trop catégorique, sinon je vais être obligé de croire en Blunden, mais je ne pense pas trop m'avancer en disant que la direction a grandement affaibli le club sous Randy.

La disparité chances\TVF de la fin de l'ère Martin est-elle le reflet d'une stratégie voulue? Ce qui me tracasse (beaucoup) c'est qu'on pourrait sans doute avoir la réponse. En fait il y a beacoup de questions d'ordre tactique qui auraient pu être posées à Martin lors de sa tournée des médias. Mais bon je suppose que « Ouin mon Jacques, regrette-tu d'avoir enduré le gros pas bon à Gomez si longtemps?» est meilleur pour les cotes d'écoute.

Olivier a dit…

Randy n'a juste pas les outils tactiques pour faire face à la LNH. C'est regrettable, mais juste à regarder Carlyle jouer avec Kessel et Grabovski, on comprend qu'un entraîneur d'expérience n'aurait pas fait autant d'erreurs. Sérieux, allez voir le graphique des présences sur timeonice et comparez les présences de Subban et Kessel, un vrai jeu de chat et de souris.

J'aimerais bien que Randy, en plus de mettre Subban/Gorges sur le big boy adverse, cherche a sortir un de ses bons joueurs des griffes des meilleurs shutdown adverses...

Mathieu a dit…

Il y a, en fait, une affaire que je voudrais faire en follow-up a ceci: regarder les tirs bloques, a la fois en faisant une courbe de Fenwick et en regardant si ceux-ci ont augmente a partir du 22eme match et/ou sous Cunneyworth. S'il y a plus de tirs bloques ca pourrait nous donner un indice sur un changement de strategie. Grace a Olivier j'ai deja toutes les donnees voulues; je rentrerai une couple de requetes dans ma base de donnees ce soir et je verrai si ca donne quelque chose.

Olivier a dit…

@Mathieu: Bonne idée. Je commence à être un peu plus ambivalent quant aux tirs bloqués. Ils aident certainement à titre d'indicateur de possession ainsi que comme jauge de la charge de travail d'un gardien (la fonction initiale de ce genre de compilation faites par Jim Corsi, ne l'oublions pas), mais pour le reste...

Ce qui manque dans mes sorties de données, c'est l'identité du tireur, surtout sa position. Je serais curieux de séparer les TVF qui originent des défenseurs et des avants, surtout ceux qui ne sont pas des chances.

Vanhouse a dit…

Porte ouverte je rentre dedans:

je voulais tâter le terrain sur certains ratio et avec tout ces beaux chiffres ici disponibles, j'ai pu constater ceci (jusqu'au match 20929):

Globalement
Ratio TVFs par chance (5c5):
Pour 3.18 (TVFs /1 chance)
Contre 3.43

Et Chances par but (toute situations):
Pour 7.22 (chances / 1 but)
Contre 6.08

Et puisque c'est la tendance:

Avec JM: TVFs/Chance Chances/but

Pour 3.21 7.46
Contre 3.37 6.70

Avec RC:

Pour 3.15 6.98
Contre 3.51 5.53

Mes petites conclusions:
- à l'attaque d'un coach à l'autre relativement semblable. Rien à noter, sauf peut-être une inefficacité à capitaliser. (on le sait déjà)
- Ce qui me trouble un peu c'est le nombre de chance / but accordé sous RC (5.53), sachant que le DN est une puissance. Beaucoup trop de surnombre, zone neutre trop facile à traverser, échec avant à 2... rien que l'on ne sait pas, mais....pour moi la qualité des chances accordée est plus grande que celle sous JM.

Merci à Mathieu, toujours le fun des tableaux.

Simon Lamarche a dit…

@ Olivier: Est-ce bien RC qui s'occupe des défenseurs? Je regarde les shift charts et ça me rappelle que sous Martin, je crois bien que c'était Perry Pearn qui s'occupait des défenseurs alors que lui il s'occupait des attaquants . Ça vous rappelle quelque chose? Est-ce que vous avez entendu quelque chose de semblable pour RC?

Anonyme a dit…

Petit coup d'oeil sur les Fenwick.

Pour Martin, la courbe est interessante -- la courbe est comparable jusqu'au 22eme match, mais apres cela les Fenwicks ne commencent a flechir qu'a partir du match 25-26. Il y avait peut-etre effectivement un systeme plus defensif a ce moment la.

Rien a signaler pour Cunneyworth. Sa courbe de Fenwicks ressemble tellement a celle de ses TVFs que j'ai regarde trois fois pour etre sur que je n'avait pas fait la meme caline d'erreur, mais non. Courbe tres similaire mais dans une echelle plus serree, puisqu'il y a moins d'evenements.