mercredi 11 mai 2011

Les chances de marquer du CH en 2010-11

Voici un petit tableau récapitulant les chances de marquer et les TVF du CH au cours des deux dernières saisons.


Quelques explications sur le tableau, pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce blogue:

  • TVF veut dire "Tirs vers le filet". Il s'agit de la somme des tirs au but, tirs manqués, tirs bloqués et buts marqués par et contre le CH à forces égales. Les blogues anglais nomment généralement ça "Corsi rating". Le nombre de TVF nous donne une idée du temps passé en zone offensive ou défensive par une équipe.
  • Chances: il s'agit tout simplement des chances de marquer à forces égales que j'ai recensées au cours des deux dernières saisons. Voici ma définition d'une chance de marquer:
Est une chance de marquer un tir franc pris par un joueur dans l'enclave. Un tir manqué peut être une chance de marquer, mais pas un tir bloqué par un défenseur. L'enclave, en gros, va des poteaux aux points de mise en jeu et de là au sommet des cercles de mise en jeu.
  • La colonne % indique la proportion de chances de marquer sur TVF. Ainsi, 28,6% des TVF tentés par le CH en 2009-2010 étaient des chances de marquer.
  • La colonne Mises en jeu indique le nombre de mises en jeu prises par l'équipe, à forces égales, en zone offensive et en zone défensive.
Concernant le contenu du tableau maintenant...

  • Dans les 3 catégories, l'équipe s'est franchement améliorée.
  • La proportion des chances de marquer sur les TVF reste relativement stable d'une saison à l'autre. 
Ce deuxième constat nous permet d'attaquer un deuxième tableau. Celui-ci ne concerne que les seuls TVF à forces égales, répartis selon le score du match.


On retrouve ici une deuxième utilité des TVF: en plus de nous donner une idée du temps de possession de rondelle, ils nous indiquent aussi combien de temps l'équipe a passé dans une situation donnée. En gros, l'édition 2010 a renversé la vapeur quant au temps passé à tirer de l'arrière ou encore à jouer avec les devants. C'est là, à mes yeux, un signe clair d'une équipe améliorée.

Mais il y a mieux!

On vient de le voir, le % des TVF convertis en chances de marquer reste, d'une saison à l'autre, relativement stable à l'échelle de l'équipe et ces % sont similaires selon qu'on parle des chances pour ou contre l'équipe. Une augmentation du % des TVF en faveur du CH nous donne donc, dans les fait, une augmentation des chances de marquer en faveur du CH. Ce que ce tableau nous montre, c'est que non seulement le CH a passé plus de temps à avoir les devants, mais il a, dans les 3 situations, été beaucoup plus dominant. La capacité de l'équipe à revenir de l'arrière tout au long de la saison trouve ici une explication: sitôt que l'adversaire faisait mine de se replier sur une avance, le CH dominait outrancièrement le jeu.

Fallait juste pas leur donner un pouce.

Prochaine étape, les joueurs.

mardi 10 mai 2011

Lecture estivale: Staples parles à King

David Staples, du Edmonton Journal, s'intéresse depuis un moment déjà aux chances de marquer et à de nouvelles méthodes de compilation des +/-. Étant journaliste, il en profite pour faire des entrevues avec ceux qui, dans le monde du hockey, ont été associés à l'analyse statistique du jeu. Après son entrevue de l'été dernier avec Jim Corsi, Staples nous offre une entrevue avec David King, portant principalement sur les innovations de Roger Nielson.

Ça vaut le détour.

dimanche 8 mai 2011

Encore Gomez

Je croyais bien que c'était l'année de Kostitsyn, sinon de Spacek. Mais non, finalement, c'est Gomez qui prend le rôle de galeux.

Si j'ai bien compris, l'unanimité est faite: le problème avec Gomez, c'est qu'il ne produit pas. Problème d'éthique de vie, problème de conditionnement physique, d'attitude, de vouloir, name it... Gomez est un problème parce qu'il ne produit pas suffisamment en attaque. On entend par là qu'il n'a fait que 38 points.

Je comprends le raisonnement et je le considère entièrement, parfaitement, totalement erroné. Pas pour dire que tout va bien. On a effectivement un problème avec Gomez. Mais...

Ce problème n'est pas son salaire résolument trop élevé par rapport à sa contribution. À qui donne-t-on le fric, sinon? Jussi fucking Jokinen? Brad Richards? S'il se rend sur le marché des joueurs autonomes le contrat qu'il va tirer sera encore plus une enclume que celui de Gomez. Le contrat de Gomez est lourd, mais il n'est pas un problème pour le CH, qui doit dépenser le fric de toute façon.

Le problème de Gomez n'est pas non plus sa contribution offensive. Pour faire simple, à mon sens, un joueur n'a pas de contrôle sur le nombre de points qu'il marque. Il saute sur la glace sur l'ordre du coach  avec les coéquipiers que le coach met là en même temps que lui et, de là, il se démène contre les gars de l'autre bord pour prendre la puck, l'amener le plus proche possible du filet adverse et de là, celui de son équipe qui s'adonne à être à côté de la puck à côté du but sacre un coup dedans.

Certains sont plus rapides, habiles, forts que d'autres et sont, conséquemment, plus souvent sur le bord du filet adverse à sacrer des coups dans la puck. Certains, au contraire, portent le gilet #55 et restent plantés devant leur filet dans l'espoir que la puck leur rebondisse dessus.

L'idée derrière tout ça, c'est qu'un joueur fait plus de points si, lorsqu'il est sur la glace, son équipe passe plus de temps à sacrer des coups sur la puck vers le filet adverse.

Conceptuellement, c'est simpliste? Je dis conceptuellement pour faire mon smatte, mais concrètement, c'est une conviction que je tire du fait que j'ai, au cours des deux dernières années, écouté 198 matchs du CH, qu'au cours de chacun de ces matchs j'ai consigné chaque occurrence d'un tir tenté vers le filet à partir d'une zone prédéfinie, données que je compile ensuite en séries que je rends disponible publiquement.

Les gens qui disent que la contribution offensive de Gomez est problématique regardent les mêmes matchs que moi, mais ils se basent sur une statistique (les points) qui selon moi ne représente pas directement la contribution offensive d'un joueur. C'est mon point principal: les points ne représentent pas adéquatement ce qui se passe sur la glace. Rien de novateur, entendons-nous, mais c'est pourquoi je persiste à compiler ces foutues chances.

Vue sous cet angle, la saison 2010-2011 de Gomez constitue un cas très intéressant.

Un détail en commençant: le CH a obtenu 1033 chances de marquer à forces égales en 2009-2010, convertissant 153 de ces chances en buts, un ratio de près de 15%. En 2010-2011, c'est 1145 chances que l'équipe a obtenues, en convertissant 13,6% en but, soit 156 buts.

Considérons, pour les deux dernières saisons, les performances du top-5 du CH à forces égales. Pour chaque joueur, commençons par le temps de glace, le nombre de chances obtenues par l'équipe lorsque le joueur était sur la glace, le nombre de buts marqués par l'équipe lorsque le joueur était sur la glace et le ratio de buts marqués par chance lorsque le joueur est sur la glace.


Quelques constats:

  • Tous subissent une baisse d'efficacité en conversion buts/chances. Gomez se fait mordre, mais Cammalleri aussi. Cammalleri et Plekanec semblent en fait avoir particulièrement bénéficié des faveurs de dame chance en 09-10.
  • Cammalleri, Plekanec et Kostitsyn ont tous trois amélioré considérablement leur bilan aux chances. L'équipe était meilleure et ces joueurs ont donc pu bénéficier plus couramment d'occasions offensives.
  • Gionta est une brute.
  • Gomez a connu, aux chance comme au temps de glace comme au ratio de chances par heure jouée, deux saisons identiques. Seul détail, l'effondrement du ratio de buts par chance obtenus par l'équipe lorsqu'il est sur la glace.
Un deuxième tableau. Considérons maintenant les points obtenus par chaque joueur à forces égales et les ratios points/chances et points/buts marqués par l'équipe.

  • AKost se maintient. Probablement un peu chanceux, en fait, mais les échantillons sont faibles.
  • 2009-2010 fut une excellente année pour Pleks; le club convertissait en fou lorsque le 14 était sur la glace et, en plus, celui-ci grattait un point 80% du temps. Forcément, ça redescend. Mais la quantité a comblé en partie le manque aux pourcentages.
  • Moins de glace, autant de chances, 9 buts de moins... Mauvaise année pour Cammalleri. Mais ces deux tableaux me rassurent en partie; il ne payera jamais son contrat, mais on peut attendre plus de lui l'an prochain.
  • L'effort offensif de Gionta m'impressionne. Sachant qu'il était incapable d'acheter un but en début d'année, c'est d'autant plus encourageant. Le capitaine vieillit bien, pour l'instant.
  • C'est simple: si Gomez se maintient aux pourcentages de l'an dernier, il colle 20 points de plus à forces égales. Tout ce fatras à son sujet n'a pas lieu s'il termine avec 58 points.
L'exercice est académique. La saison est jouée et l'alignement est appelé à changer pas mal l'an prochain, alors qui sait? Mais il est probablement raisonnable d'attendre une saison 60 points de la part de Gomez. Rien de ce que je vois ne m'indique qu'il a régressé offensivement depuis l'an dernier.

Alors, le problème avec Gomez? La défensive, hélas. Voici des graphiques montrant les chances obtenues par l'équipe avec Gomez ou Plekanec sur la glace à forces égales. Il s'agit de moyennes sur 10 matchs, avançant sur toute la saison.



Gomez ne semble simplement pas capable d'en donner moins qu'il n'en prend. Du moins pas régulièrement. Sachant que Plekanec est celui qui joue contre les meilleurs adversaires, le constat est d'autant plus embêtant. Le pic rouge semble coïncider avec une période en janvier ou, suite à la blessure de Cammalleri, Martin décide de séparer Gomez de Pacioretty et Gionta.

Si on est à demander des ajustements de la part de Gomez, c'est du jeu défensif qu'on doit parler. Le débit offensif est là; faut simplement que, accoté aux deuxièmes lignes adverses, le beau Scott s'arrange pour sortir gagnant.