mercredi 8 juin 2011

Bon, alors, ce club, ça s'en vient?

Deadspin, l'an dernier, m'a fait un "compliment" qui me fait encore rosir d'orgueil.

Je ne suis toujours pas exactement certain de ce qu'est Deadspin, mais ils viennent (je suis tombé là-dessus via le fil Twitter d'Arpon Basu), mais ils se sont permis un petit commentaire sur la "saga" du colisée.

Disons simplement que le ton change passablement lorsque:

a) l'observateur travaille pour un site satirique
b) le site satirique est intégralement étranger à la sphère politico-médiatique québécoise.

Pour ce qui est de l'histoire du colisée, je dirais simplement ceci. Les années précédant le départ des Expos m'ont amené à fréquenter un site, Field of Schemes, qui traite d'histoires de ce genre à temps plein depuis un bon 10 ans. Le gars de Deadspin se permet d'ailleurs de référer au site en question.

La fréquentation de ce site, combinée à un suivi attentif (pour ne pas dire maladif) de deux équipes éventuellement exilées sous d'autres cieux, tout ça a largement influencé ma compréhension de ce genre de situations. Pour les histoires de Nordiques et de colisée, ça se résume ainsi:


  • De manière générale, les organisations de sports professionnels se font payer des stades sur le bras par des politiciens aux abois, convaincus que leur survie politique dépend de ce genre de patente là. Charest en pleine commission Bastarache et Labeaume qui fait, au cours de la campagne 2008, d'un nouveau Colisée et du retour des Nordiques la pierre angulaire de son règne, fittent parfaitement dans le portrait. Juste de même, ces politiciens se font généralement sacrer dehors pas longtemps après.
  • De manière générale, une ligue de sports professionnels va aller là où il y de l'argent et, de préférence, la perspective d'une quantité encore plus grande d'argent à court terme. Phoenix, au coeur de la Sun Belt, correspondait à ce genre de marché. Aujourd'hui, avec un dollar canadien dopé par les matières premières, la LNH regarde au Nord, plus précisément là où la croissance économique se fait la plus vive (dans l'Ouest). Québec a une économie pimpante, mais peu de sièges sociaux et une population vieillissante. Je dis ça de même.
Bref, toute l'histoire du nouveau Colisée de Québec est terriblement familière à quiconque suit ce genre de saga depuis quelques années.

Mais ce qui me tarabuste dans tout ça, c'est un truc que bien des observateurs semblent tenir pour acquis.

De l'utilité des conglomérats

Les ligues de sports professionnels font toujours des déplacements de franchise pour augmenter leurs revenus. Les revenus augmentent lorsque les franchises augmentent leurs revenus (eh). Truisme? Indeed. Je parle à travers mon chapeau, là, on jase, mais... on parle beaucoup de Quebecor, propriétaire parfait parce qu'un empire vachement synergique et multimédia. Je ne suis pas hyper-convaincu qu'il s'agit là d'une si bonne chose pour la LNH.
  • Une bibitte comme Quebecor existe pour générer un maximum de dividende aux actionnaires. Comment? En maximisant l'efficacité des mandibules qui constituent la bibitte en question.
  • Mettons qu'une des mandibules de la bibitte soit chargée de gérer un aréna que lui paye une ville. Si la mandibule fait des pertes, on splitte les pertes entre la ville et la mandibule. Si on fait des profits, on splitte les profits entre la ville et la mandibule.
Ici, je lâche les histoires de bibitte et de mandibule. Selon ce que je comprends de l'entente entre la ville et Quebecor, si des pertes sont encourues dans la gestion du Colisée, une partie de ces dettes (disons 50%, mais le nombre n'a pas d'importance pour la suite de mon raisonnement) sont épongées par la ville. Si la compagnie qui gère le Colisée est pour ne pas faire de pertes, ce sera en faisant payer un bon prix les services rendus à ses clients. Tout porte à croire que les clients en question seront essentiellement d'autres organisations faisant partie du conglomérat Quebecor.

Soit 3 scénarios:
  1. Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la Compagnie de Gestion du Colisée (CGC), qui charge 3 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 3 millions, la CGC arrive flush.
  2. Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la CGC, qui charge 4 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 2 millions, la CGC un profit de 1 million, 500k vont à la ville, 500k à Quebecor.
  3. Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la CGC, qui charge 2 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 4 millions, la CGC une perte de 1 million, 500k épongés par la ville, 500k par Vidéotron.
Ce que j'ignore du deal actuellement en place, c'est s'il y a quoi que ce soit qui empêche Quebecor de faire systématiquement, méthodiquement appel au scénario 3. Et entendons-nous: si tant est que le Colisée fasse affaire avec des compagnies extérieures à Quebecor et s'assure de faire un profit dans chacune de ces transactions, chaque cenne de profit faite là peut servir à réduire d'autant le prix chargé aux compagnies de Quebecor sans pour autant faire descendre les pertes à un niveau inacceptable. Je répète ma question: qu'est-ce qui empêche Quebecor de se graisser en finançant une partie de ses opérations sur le budget de la ville de Québec?

Je suppose que si tant est que Bettman est intéressé à envoyer une équipe à Québec, il est parfaitement conscient du fait que Quebecor peut faire tout son profit en:
  • Remplissant son Colisée, le taux d'occupation garantissant ainsi l'éligibilité au partage de revenus
  • En s'assurant de diriger les profits vers ses autres filiales (en cédant les droits de diffusion à LCS pour un prix minimal) et
  • excellentes foules et faibles revenus obligent, recevoir du partage de revenus de la ligue parce que l'équipe "fait des pertes".
Bettman n'est pas un con, tant s'en faut. Je suppose qu'il peut s'assurer, dans l'entente qu'il conclurait avec Quebecor, de garantir des revenus raisonnables à la franchise. Mais voilà, il doit aussi savoir qu'au bout du compte, il ne verra jamais autant d'argent qu'il le pourrait en ayant un groupe propriétaire qui fait affaire avec un réseau qui ne lui appartient pas. Il ne fera jamais autant d'argent que si, par exemple, l'équipe et la compagnie de gestion du Colisée appartenaient à un groupe qui vendrait les droits de diffusion au plus offrant d'entre RDS, LCS, la SRC et V, mettons.

Je ne suis pas exactement un kingpin de la finance, mais j'avoue que je me pose bien des questions par rapport à toute cette histoire.

6 commentaires:

Vanhouse a dit…

Intéressant Olivier, particulièrement ton avant dernier paragraphe sur la télédiffusion et la vison de la NHL.
Tu as tout à fait raison, mais moi je crois que à la place de vendre les droits, pour rendre cela intéressant, il va falloir que les profits engendrés par TVA sport soient proportionnellement transféré à Nordique Inc.

Mais, pour la ville de Québec moi aussi j'aurais certaines inquiétudes à savoir comment la comptabilité sera présentée.
Parce que de l'extérieur, il semble que Nordique Inc à tout avantage de faire le minimum de sous et rentabilisé au maximum toutes les antennes. Ce qui est pour la ville et pour la NHL pas avantageux.

Dossier très difficile à suivre, il nous manque tellement de morceaux.

Juste comme ça, que va t'il se passer avec ton blog quand les Nordiques seront de retour?

Olivier a dit…

À la base, j'ai appellé ça "en attendant les nordiques" en référence directe à "en attendant Godot". Mon point de vue n'a toujours pas changé: je ne crois pas au retour des Nordiques.

Mais je me suis trompé sur des dossiers pas mal moins compliqués.

Si ça arrives, je ne sais pas, je vais décider rendu là :).

Mathieu a dit…

Personnellement je me tiens loin du dossier et je le regarde avec distraction et une pointe d'amusement. Sauf que l'idée d'empêcher les recours en justice me pue parfaitement au nez sur une simple question de principe. Empêcher les gens de recourir aux instances de notre démocratie, ça devrait être l'absolu dernier recours si ça se justifie jamais. Je trouve déplorable l'électoralisme crasse de cette maneuvre et je me réjouis que tous n'y ont pas souscrit.

D'autre part, même du simple point de vue tactique, il me semble évident que Pauline Marois a géré ce dossier de façon parfaitement tata.

Olivier a dit…

@Mathieu: Des fois, les politiciens disent la vérité toute crue. Marois a indiqué avoir été surprise de l'ampleur prise par le projet de loi, une initiative qui, selon elle, aurait déjà été prise une vingtaine de fois par le caucus (je cite de mémoire un article de journal quelconque). Je pense que si ça a chié ce coup-ci, c'est que le profil du sujet a fait en sorte que les médias ont généreusement couvert la chose. C'est d'ailleurs un drôle de coup de semonce pour la classe politique: ce genre de mesures dérogatoires sont probablement communes dans leur quotidien, mais elles n'en demeurent pas moins inacceptables aux yeux de la populace. À bon entendeur...

@Vanhouse: pour revenir sur les contrats de télé, je me demande jusqu'à quel point c'est inévitable, à voir Bell aller avec le CH.

Anonyme a dit…

Pour le fun de rire...

http://www.benoitbrunet.com/

Simon Lamarche a dit…

Bon, c'est reparti...

Je ne me mêle pas beaucoup de ce dossier parce qu'il me manque de l'information. D'un autre côté, ça n'empêche pas grand monde...

Je croyais qu'avec Winnipeg qui avait son équipe et la pause que les politiciens prenaient dans le dossier... mais non, là c'est Phoenix.

Si ce dossier était publicisé dans la section affaires des journaux, je serais moins inquiet. De ne pas pouvoir dire que je suis inquiet de la façon dont ça se passe sans me faire demander si c'est parce que je n'aimais pas les Nordiques... On le sait, les conversations sur le sport ne laissent habituellement pas grand place aux compromis et aux discussions équilibrées.