Le Matheux m'a sorti plus tôt cet été un tableau fort intéressant et m'a offert d'écrire un billet pour le commenter. Il s'agit d'une analyse comme j'en fais peu ici: Le Matheux y compare les performances des joueurs ayant évolué pour le CH au cours des dernières années, mais sous l'angle des variations enregistrées lorsqu'ils quittent ou arrivent à Montréal. Le résultat est éloquent.
C'est avec grand plaisir que je lui prêtes ici la plume.
----------
Avez-vous déjà regardé les joueurs se joindre au Canadien et vous êtes dit au milieu de la saison, « me semble qu'il était meilleur avant » ? Avez-vous subi un sentiment de jalousie en voyant un joueur quitter le Canadien et instantanément devenir apparemment meilleur ?
Je viens ici vous fournir une possibilité qui explique ce qui, peut-être, vous a donné l'impression que les joueurs jouent plus mal pour le Canadien que pour les autres équipes... à savoir, que vous avez parfaitement raison.
L'analyse des TVFs a été largement évoquée sur ce blogue et ailleurs; c'est à cette statistique que je me suis intéressé ici. Ce qui suit n'a rien d'une savante analyse et n'a pas vraiment un gros caractère scientifique. Je ne suis pas Olivier, dont la capacité à casser du chiffre ne cesse de m'émerveiller. Mais j'ai quand même monté mon propre petit tableau qui, sans pouvoir présenter de conclusion définitive, suggère quand même que Montréal fait figure de véritable trou noir des Corsis.
Bon, il faut quand même faire attention avec ça, car un joueur peut changer de rôle en changeant d'équipe où même d'année en année. Donc les circonstances vont avoir une incidence sérieuse sur les TVFs; cela dit, le rôle d'un joueur comme Gomez ou Cammalleri ou même Moen ne va pas être complètement transformé quand il passe à un autre club. Il devrait donc normalement y avoir un minimum de stabilité...
Deux constatations immédiates: premièrement, les chiffres en bleu sont presque tous dans le négatif. Comme le mentionnait Olivier, le Canadien a été relativement poche à 5 contre 5 ces dernières années; ceci n'est pas arrivé par accident.
Deuxièmement, le chandail du Canadien ressemble carrément à de la kryptonite. À quelques exceptions près, tous les joueurs qui se sont amenés avec le Canadien ont pris une maudite débarque. Tous ceux qui ont quitté le Canadien ont pris une remontée. Tanguay et Lang, qui se sont joint au Canadien seulement pour l'année médiane, sont des exemples particulièrement saisissants à cause du graphique en V que leurs TVFs a fait sur les trois années en question. Mais même quelqu'un comme Ryder s'est amélioré de +10 en passant aux Bruins, et comme Olivier me le faisait remarquer, Boston n'était pas une équipe monstre aux TVFs et n'a pas joué avec des piochons à Montréal.
On remarque les exceptions: Moen, qui sortait d'une année effroyable a San José, et Pouliot qui n'était même pas régulier chez le Wild et y avait un rôle plus défensif. Et Laraque, mais lui, on peut difficilement prétendre qu'il puisse s'améliorer. Sinon... joindre le Canadien conduit à la varlope généralisée.
À ma connaissance, malgré toute l'attention reçue par les TVFs dans la blogosphère, il n'y a pas vraiment d'analyse qui examine quel impact changer d'équipe peut avoir sur les TVFs d'un joueur. Ce tableau suggère certainement que cela peut être un énorme facteur et qu'une recherche plus poussée dans ce sens pourrait aider à isoler certains facteurs qui ne dépendent pas individuellement du joueur. Le cas du Canadien de 2009-2010 est d'ailleurs unique: 10 changements de personnel et un nouvel entraîneur! D'ailleurs, au vu des TVFs pré-Canadiens des nouvelles acquisitions, Gainey a eu l'approche tout à fait logique de chercher à améliorer l'équipe en accumulant les joueurs qui excellaient à cinq contre cinq avec d'autres clubs.
Et pourtant, ce fut un échec sur toute la ligne. Il semblerait que d'aller chercher des bons joueurs (et un coach qui semblait pouvoir se démerder en Floride) ne soit pas suffisant pour créer un bon club de hockey.
Le phénomène de l'effet trou noir du Canadien semble bien réel; mais quelle en est la cause ? Quelques possibilités...
1.Les joueurs sont devenus individuellement moins bons en se joignant au Canadien; leurs habiletés se sont dégradées juste en mettant la Sainte-Flanelle. C'est intuitivement absurde, bien sûr, et on peut d'ailleurs le confirmer en consultant la colonne des TVFs relatifs. Celle-ci décrit la différence entre les TVFs quand un joueur est sur la glace et quand il n'y est pas; il permet donc en quelque sorte de mesurer à quel point un joueur se compare au reste de son équipe. Gomez, donc, demeure supérieur au reste de son équipe au même degré qu'il l'était avec les Rangers... sauf que ce niveau est franchement moindre. Et d'ailleurs, avez-vous eu l'impression que Gionta ou Cammalleri jouaient mal, vous ?
2.Les joueurs sont passés d'une équipe dont les joueurs étaient supérieurs à une équipe dont les coéquipiers sont plus faibles. C'est une théorie qui se tient, mais le CH vient de remplacer 10 joueurs, incluant la moitié de son top-6, sans amélioration, et comme mentionné ci-haut, les joueurs choisis ne semblaient pas être des pieds de céleri. Le Canadien est donc, généralement, composé de bons joueurs. Mais dès qu'ils mettent le gilet du Canadien...
3.Il y a manque d'équilibre chez le Canadien; ça prendrait plus de « gros bonshommes » pour faire la différence à forces égales. C'est une thèse extrêmement populaire, qu'on voit répétée sur toutes les tribunes. Je n'achète pas vraiment. Les joueurs du Canadien sont dans le rouge de haut en bas, gros pas gros; en fait, les petits joueurs comme Cammalleri et Gionta ont performé plus que le reste de l'équipe, certainement mieux que les gros avants du Canadien. Il est beaucoup plus important d'être un bon joueur de hockey, et d'être gros est un outil au même titre que d'être rapide.
4.Le système de l'entraîneur. Il est certes vrai que le système de Jacques Martin ne semble pas privilégier la possession de rondelle, quoi qu’il prétende. Mais il ne semble pas avoir eu beaucoup d'effets négatifs sur les joueurs qui sont restés de l'ère Carbonneau. (Les Anglophones ont une phrase magnifique: « damning with faint praise. ») Mais un entraîneur peut-il réellement avoir autant d'impact ?
Maintenant, c'est le moment des bonnes nouvelles/mauvaises nouvelles. Les bonnes d'abord: l'effet trou noir semble être LE problème auquel fait face le Canadien et qui l'empêche de devenir une bonne équipe capable de compétitionner à cinq contre cinq. Olivier mentionnait, dans un précédent billet, qu'il ne croyait pas l'équipe en mesure de faire un grand bond en avant. Je ne partage pas nécessairement cet avis, parce que le Canadien s'est rempli de bons joueurs, et ceux-ci ne sont pas vraiment devenus plus poches en se joignant au Canadien. Si le CH parvient à régler le problème qui cause ce fameux effet trou noir, quel qu'il soit, je crois sincèrement qu'il a les joueurs pour grandement améliorer sa fiche.
Oh, il ne pourra pas devenir une puissance a forces égales... mais avec ses prouesses en unités spéciales et son historique de dégotter des performances de gardiens époustouflantes, il pourrait se maintenir à 49%-50% en TVFs/5v5 et devenir une équipe fort dangereuse. Et ce n'est pas complètement impossible: le Canadien a été une équipe aux TVFs positifs au début de 2009-2010, et c'était même sans Markov!
La mauvaise: l'effet trou noir semble être LE problème auquel fait face le Canadien et qui l'empêche de devenir une bonne équipe capable de compétitionner à cinq contre cinq. Tant qu'on ne règle pas ce fameux problème, tous les changements de personnel du monde risquent de ne pas faire une grosse différence. Oh, c'est sûr que d'ajouter un joueur d'impact aiderait le Canadien, sauf que s'il se retrouve à subir l'effet trou noir de Montréal, ce a risque fort de ne pas suffire à redresser l'équipe.
Ce n'est donc pas un problème qu'on peut régler avec des changements de joueurs. Comme mentionné plus haut, le Canadien a même essayé cela de façon radicale l'an dernier, et ça n'a vraiment pas donné de bons résultats. Il faut donc chercher ailleurs.
Mais où ? Je pense qu'on sait tous ce que j'en pense personnellement (indice: ma solution est rendue à Tampa Bay) mais il reste l'élément le plus mystérieux dans cette histoire, le fameux tableau de la ligne du temps, qui nous donnait pourtant l'impression en début de saison que les changements apportés par Gainey et le système de Martin avaient eu exactement l'effet voulu. Peut-être que la solution consiste simplement à revenir à ce qui marchait à ce moment-là... avec deux gardiens erratiques en moins.










