mercredi 20 janvier 2010

Chicago - Edmonton

J'aimes bien écouter La Zone... Ça ne se cries pas trop par la tête, ils ne sont pas 118 à parler en même temps et ça ne dures pas 138 minutes. Ils ont ce soir abordé une question dont le traitement m'a fait sursauter, soit celle des revirements causés par la défensive du Canadien. Ça m'a rappelé que j'avais dans mes cartons ce texte que je n'avais jamais pris le temps de terminer.

Voici un petit tableau représentant le nombre de revirements attribués dans la LNH au cours de la saison 2008-2009. Chacune des lignes représente un des 30 arénas de la LNH alors que les colonnes distinguent les parts de revirements attribués aux équipes locales et visiteuses.



Premièrement, sauf quelques exceptions, l'équipe locale commet systématiquement plus de revirements que l'équipe visiteuse. Ça confirme, selon moi, le bon vieux cliché selon lequel les équipes sur la routes jouent de manière plus prudente.

Deuxièmement, et c'est la mon point principal, le tableau est trié en fonction du nombre de revirements attribués au total par aréna. Bref, on a attribué en 2008-2009 1011 revirements à Edmonton, 951 au Centre Bell et 914 à Washington. Le Canadien et les Oilers ont tout deux commis 55% des revirements enregistrés dans leur domicile alors que les Capitals sont à 61%. Connaissant le style firewagon des Caps et la jeunesse de leur équipe, encore une fois, ça semble cadrer. On retrouve au bas de la liste Boston, Chicago, les Blue Jackets et Phoenix. Outre ces quatre villes, dans toutes les autres villes, le nombre de revirements commis par la seule équipe locale est systématiquement plus élevé que le nombre total de revirements commis au cours des 41 matchs tenus à Phoenix. Je me permets de répéter:

On retrouve au bas de la liste Boston, Chicago, les Blue Jackets et Phoenix. Outre ces quatre villes, dans toutes les autres villes, le nombre de revirements commis par la seule équipe locale est systématiquement plus élevé que le nombre total de revirements commis au cours des 41 matchs tenus à Phoenix.


Alan Ryder est à ma connaissance le premier à avoir noté ça. Je ne retrouves pas l'article sur son site, mais si je me souviens bien, prenant exemple sur Niklas Sundstrom, Ryder indiquait en quoi la capacité d'un joueur à générer des pertes de possessions et subir des revirements dépendait grandement de la ville dans laquelle il jouait cette année-là.

Spacek est un cas excessivement cool à regarder pour cette question là (c'est vous dire à quel point un rien m'excite). Il a joué les trois dernières saisons avec Buffalo et en 2005-06, a joué 45 matchs avec les Blackhawks (complètement en bas des donneurs de revirements) puis 31 avec les Oilers (complètement en haut). Voici comment Spacek s'est débrouillé:

RevirementsTempsGlRev/60
2009-2010Montréal6710693,76
2008-2009Buffalo7017822,36
2007-2008Buffalo4313781,87
2006-2007Buffalo5012452,41
2005-2006Edmonton317632,44
Chicago2310341,33


Il y a nécessairement une part de ces variations que l'on peut attribuer au style et à la qualité des équipes en présence. On peut aussi supposer, comme l'a si bien fait remarquer Jason Willis il y a deux jours, Spacek a toujours été utilisé comme défenseur offensif. Au cours de ses deux dernières saisons à Buffalo, il a assisté à des pourcentages de mises en jeu en zone offensive allant de 55% (07-08) à 53% (08-09). Cette année, ce pourcentage se situe à 43%. Et le gars, à 35 ans, a dû changer de côté.

Mais revenons-en à nos moutons, soit le peu de validité que l'on peut attribuer aux revirements compilés. Il est sidérant de voir Spacek, en passant d'une équipe de fond de classement à une équipe qui allait se rendre en finale de la coupe Stanley, devenir tout d'un coup une machine à revirements! Les chiffres, comme l'indiquait Ryder, ne suivent pas la qualité du club ou du joueur, ils suivent l'aréna qui leur servent de domicile.

On ne peut, à mon sens, présentement pas utiliser les revirements pour comparer des joueurs de deux clubs différents.

4 commentaires:

LeMatheux a dit…

Pour s'en convaincre, on peut egalement noter que le Canadien est debite de plus de deux fois plus de revirements a la maison (479) que sur la route (182)... Ca c'est de la prudence!

Mais il faudrait faire attention avec cette statistique meme s'il etait parfaitement comptee. Les revirements, ca vient d'une equipe qui a souvent la rondelle et qui tente beaucoup de passe. Pas pour rien que les meneurs dans la categorie, outre les defenseurs du Canadien, sont les Sidney Crosby et Joe Thornton de ce monde. Les revirements sont un effet secondaire des tentatives de passe; il faut bien sur les eliminer autant que possible au niveau individuel, mais une equipe qui domine le temps de possession risque de les accumuler a un rythme plus eleve qu'une equipe qui balance constamment la ronde

C'est un peu comme les tirs bloques, mais a l'inverse: individuellement, un tir bloque est un jeu admirable, mais une equipe qui a beaucoup de tirs bloques indique un probleme parce que ca veut dire que l'adversaire a souvent la rondelle et tire souvent dans la direction de leur filet. Un haut total de tirs bloques n'est donc pas une bonne chose...

C'est drole a dire mais je pourrais quasiment affirmer que si le Canadien avait plus de revirements, il se porterait mieux. Cela dit, je m'interroge de savoir pourquoi les defenseurs tronent ainsi au sommet du classement de l'equipe.

Olivier a dit…

Les défenseurs trônent au sommet du nombre de revirements pour deux raisons, je penses:

- Ils sont les plus utilisés

- Ils sont les seuls à être capables de jouer en possession de la rondelle; la plupart des avants passent leur temps à courir après.

Je suis peut-être un peu méchant remarques...

Fred D a dit…

Assez incroyable de voir les écarts entre un aréna et un autre quand même! Ça démontre bien le niveau de professionalisme des offiels mineurs de la LNH.
J'ose croire que la ligue tient des séances de formation pour ces employés. En réalité, il faut se rendre à l'évidence: personne dans les bureaux de la LNH ne se souçit de ces données, sinon comment expliquer qu'ils ne tente pas de rectifier la situation?

Olivier a dit…

Je soupçonne que ces chiffres ne sont peut-être pas très importants pour les équipes, qui font plutôt leurs propres stats, un peu comme je compiles les chances de marquer.

Ces stats demeurent utiles pour deux choses. Premièrement, elles permettent de comparer entre eux les joueurs d'une même équipe. Et deuxièmement, elles restent, je penses, valides pour mesurer l'impact de certains phénomènes à l'échelle de la ligue. Le plus bel exemple que j'ai vu (et que je ne retrouves pas au moment d'écrire ces lignes) a été fait par Gabriel Desjardins de Behindthenet. Il a regardé la variation du nombre de lancers accordés par une équipe dans les 15 secondes suivant un revirement en zone défensive. Il a ainsi découvert que pour cette période (peut-être un peu moins ou plus, pas certain), le taux de lancer accordés montait au niveau normalement vu dans un 5 contre 3!

Bref, un revirement en zone défensive donnes un de ces mini-quelque choses si chers au coeur de Benoît Brunet :).

C'est ce genre de chose que ces stats permettent de faire.