dimanche 24 mai 2009

Qui est Jim Corsi?

Jim Corsi agit présentement à titre d'entraineur des gardiens de but des Sabres de Buffalo.

Natif de Montréal, son seul statut d'ancien des Nordiques de Québec suffirait normalement à faire de monsieur Corsi un individu de qualité™ à mes yeux, mais c'est aussi à lui que de nombreux blogueurs réfèrent lorsqu'ils identifient certains précurseurs de l'analyse statistique du Hockey. De ce que j'en comprends, c'est Corsi qui, notamment au cours d'entrevues pendant le lock-out, aurait affirmé de manière systématique et éloquente qu'une des bonnes statistiques présentement disponibles était le différentiel des tirs dirigés au but à forces égales. Ceux qui suivent le soccer savent déjà qu'on ne parle pas de réinventer la roue... Quand même, l'intérêt de calculer les choses ainsi repose sur certaines notions qui aident à mieux comprendre ce qui fait une bonne équipe:

-Il est hasardeux, sinon carrément erroné de mélanger les situations de 5 contre 5 aux autres situations. Ce tableau en particulier nous révèle pourquoi; les équipes de la LNH ont, au cours de la dernière saison, passé entre 44 (Tampa Bay) et 47 minutes (Boston et les Panthers) à 5 contre 5. Une équipe incapable de tenir son bout dans cette situation est dans le trouble; l'excellence des unités spéciales et une solide dose de chance peut aider, mais pas éternellement.

-Le jeu à 5 contre 5 se distingue fondamentalement des autres phases du jeu par le fait qu'il s'agit d'une bataille constante pour la possession de la rondelle et du territoire. Or, on n'a pas, présentement, accès au détail du temps de possession. Il semble que la LNH compile ce genre de choses, mais ces données ne sont pas diffusées publiquement. Comment, en l'absence de statistiques officielles sur la question, estimer la capacité d'une équipe à dominer à 5 contre 5?

C'est à cette question que semble avoir répondu Jim Corsi en parlant du différentiel des tirs tentés (par opposition aux seuls tirs au filet). Si Kovalev touche la barre horizontale ou manque un filet désert par 10 centimètres, il n'en a pas moins eu une chance de marquer, celle-ci étant le fruit d'un avantage définitif pris sur l'adversaire dans sa zone. Le raisonnement est simple: en ajoutant les tirs manqués et bloqués, on augmente le nombre d'éléments observés découlant directement d'un avantage pris par une équipe sur une autre, soit le contrôle du jeu en zone offensive. Les mises en jeu et les arrêts de jeu sont d'autres indicateurs intéressants.

Poursuivant ma quête hardie pour une meilleure maitrise de google docs, voici un tableau représentant les Corsi du Canadien. L'équipe n'ayant pas énormément changé au cours des deux dernières années, il est quand même intéressant de voir ce qui se cache sous les résultats obtenus.

Ce tableau est en fait une copie francisée (et légèrement adaptée) des sorties de données produites par le site timeonice.com, ce dernier site compilant de manière automatisée les données contenues dans les journaux des évènements des matchs de la LNH (le "play by play" en bon franglais; un exemple ici). Le tableau "playershots" (exemple) est une compilation des tirs dirigés vers le but au cours d'une partie, le tout agencé en un différentiel total, représenté par le terme "Corsi+/-". Le "Fenwick+/-" emprunte quant à lui son nom à Matt Fenwick, un des postiers du site The Battle of Alberta. Manifestement, Fenwick ne fait pas confiance aux tirs bloqués, ce que je ne saurais lui reprocher; la compilation des statistiques dans les arénas de la LNH semble parfois plutôt fantasque. J'y reviendrai un autre tantôt.

Les quatre lignes représentent les résultats pour le Canadien au cours des premières et deuxièmes moitiés des deux dernières saisons. La deuxième section représente les mêmes résultats, cette fois-ci pour les perfides bostonnais.



Au sujet des pourcentages de réussite des tirs au buts : suivant cet article ainsi que les remarques de l'auteur (JLikens) à la fin de cet autre article, il semble que les écarts à la moyenne sont dûs, d'une part, à la capacité d'une équipe à prendre (et conserver) une avance et, d'autre part, à la simple chance. La moyenne était, tant en 07 qu'en 08, de 8,4%, et la capacité des équipes à influer par leur talent sur le pourcentage de tirs reste plus limitée qu'on voudrait le croire. Les Penguins semblent être une de ces équipes capable de s'écarter systématiquement de plus de 1% de la moyenne. Les Bruins et le Canadien, comme on peut le constater, ne peuvent tenir ce genre de rythme sur une saison complète.

Le pourcentage d'arrêts étant le fait d'un nombre restreint de joueurs, il reflète de manière plus directe le niveau de talent qu'une équipe possède à cette position. Ainsi, le taux de 0,914 affiché par le CH dans la seconde moitié de 2008 cache un taux de 0,925 pour Halak et 0,905 pour Price. 2 des trois lecteurs de ce blogue ne se surprendront pas de la chose. Le troisième, ne lisant la chose que pour trouver des phôtes d'aurtaugraffe (qu'il en soit remercié!), n'en a probablement rien à cirer... Je me l'explique d'ailleurs fort mal: n'est-ce pas là une révélation fascinante?

Pour en revenir au tableau: il montre l'évolution de l'équipe au fil de la saison ainsi que de son niveau général d'aptitude. Si les ajouts au niveau des joueurs ont permis au Canadien de s'améliorer en 2008, la seconde moitié de saison les a vu rechuter presque aux niveaux de 2007; les gardiens n'y pouvaient pas grand chose... Un redécoupage de ces chiffres en fonction de l'avance prise dans le match permettrait peut-être de relativiser les résultats de la seconde partie de 2007, mais on constate quand même une amélioration significative. Il semble que la puck a vraiment roulé pour le CH un an trop tôt; à 9,7%, les glorieux de 2008 auraient obtenu 17 buts supplémentaires dans la seconde moitié de saison.

C'est un peu embêtant, en fait. On a sous les yeux une équipe qui n'a démontré, ni une capacité à maintenir un haut taux de réussite sur ses tirs au but, ni une aptitude à contrôler le jeu pour compenser en tirant plus souvent. Les chiffres de la première moitié de 2008 et la seconde de 2007 laissent entrevoir une équipe qui pourrait jouer le jeu du haut pourcentage, mais...

Au moment d'écrire ces lignes, Détroit (Corsi de +969) viens de sacrer une volée à Chicago (Corsi de +655) et Boston a depuis longtemps été mis en vacances par la Caroline (Corsi de +304) eux-mêmes en train de se faire ramasser par Pittsburgh (Corsi de -313,), qui se distinguent par contre par leur capacité exceptionnelle à convertir des tirs en buts, ainsi que par un changement bénéfique d'entraîneur (Corsi de +68 depuis le départ de Therrien).

Pittsburgh nous indique en quoi seuls certains clubs ayant des talents particuliers peuvent se permettre de jouer le jeu de la qualité au détriment de la quantité par rapport aux tirs... En fait, lorsque j'écris "seuls certains clubs", faut comprendre "Pittsburgh".

mercredi 20 mai 2009

Qualité des adversaires

Petit tableau, qui représente mes premiers essais avec google docs...



Je suis malheureusement incapable de régler correctement la largeur des colonnes, mais quand même. Les données sont triées en fonction de l'indice QUALCOMP, le tout tiré de l'excellent site behindthenet.ca... Que les deux lecteurs de ce site soient prévenus: beaucoup de temps à perdre par là. Toujours est-il, cet indice est composé à partir d'un autre indice, ici indiqué comme RATING, lui-même représentant la différence du +/- de l'équipe lorsqu'un joueur donné est sur la glace. Je n'explique pas ça à la perfection, mais Gabriel Desjardins, l'homme derrière le site behindthenet.ca, en discute en détail ici:

http://www.puckprospectus.com/article.php?articleid=70

Fait à noter: la colonne déciles est calculée à partir de la totalité des joueurs ayant cumulé une moyenne de 5 minutes et plus par match à forces égales et plus de 40 matchs au cours de la dernière saison, pour un total d'environ 570 joueurs. Une centaine de ceux-ci ont joué en bas de 10 minutes par match. C'est à vue de nez, mais sachant que la moyenne de cet échantillon est d'environ -0,01 et que l'écart-type est de 0,04, je fais bancal et je me dis que, bon, en haut de 0,03 et en bas de -0,05, on parle de cas plus sérieux.

J'ai sorti ce tableau parce que, encouragé par les performances de Lapierre, je me demandais jusqu'à quel point celui-ci avait été appelé à prendre un rôle plus important, notamment après le départ de Lang. À voir ces chiffres, semble que ça n'était pas le cas. J'aurais par ailleurs cru que Koivu avait été confronté à des adversaires plus coriaces; or, il semble qu'outre Plekanecs (on s'en doutait), c'est surtout Lang qui ramassait les job de bras.

Il est difficile d'évaluer la contribution des remplaçants de Lang. Metropolit a passé l'essentiel de sa saison derrière Mike Richards et Jeff Carter, qui jouent tous deux plus de 14 minutes par match avec un qualcomp de 0.04 et +, ce qui ne laissait pas grand place au beau Glen...

Tout dépendant de ce que je suis capable de ramasser comme matériel, j'aimerais bien voir comment l'utilisation des joueurs de centre du CH a changé après le départ de Bob le tectonique...

dimanche 10 mai 2009

Le sauveur masqué...





Deux petits essais pour voir si ça marche avec des graphiques...

Pour faire simple, %AN/10 indique le pourcentage de réussite du jeu de puissance au cours des 10 matchs précédents, alors que %AN représente le pourcentage de réussite au stade indiqué de la saison.

Je ne me suis pas trop acharné sur le jeu de 2007-2008; force est d'admettre que les résultats étaient tout simplement ridicules.

Celui de 2008-2009, par contre, est plutôt intéressant. C'est pourquoi j'y ai ajouté une troisième ligne découpant le pourcentage de réussite du jeu de puissance sur trois séquences consécutives. L'idée m'est venue d'un billet posté sur le site lionsinwinter.ca

L'effondrement vers la fin de 2008-2009 est intéressant: le point le plus bas représente la moyenne de réussite sur une période dont le 10ème match est celui contre les Stars à Dallas.

Hmmm...

En terminant, si on prend pour acquis que la seconde période représente le "degré zéro" du jeu de puissance (parce que Gorges, bon, on l'aime bien, mais bon)...

Première période: 38 matchs 13.4% 179 chances, 24 buts (-15 buts par rapport au degré zéro)
Deuxième période: 19 matchs 21.9% 82 chances, 18 buts
Troisième période: 25 matchs 26.5% 113 chances, 30 buts (+5 buts)

Ajout 14 août: Après avoir lu un billet sur le blogue Yvesonthehabs, je dois quand même prendre le temps de signaler que les trois périodes ont été divisées comme suit:

-Première période (jusqu'au premier Janvier): Carbo et ses sbires ont décidé que Markov remplacerait Streit à la pointe droite, prenant ainsi le rôle du canonnier. Quelqu'un d'autre remplace Markov à la pointe gauche dans le rôle de distributeur; la logique veut que c'est Kovalev qui contrôle le jeu du fond du territoire de toute façon.

Carbo réalise que c'est des conneries tout ça; le canonnier n'est efficace que dans la mesure où il appuie le général. Et le général, c'est Markov à la pointe gauche. Donc, Markov à Gauche à partir de la mi-décembre, avec au départ un mélange de Sergeï K et Gorges à la pointe droite.

-Deuxième prériode (début janvier à l'arrivée de Schneider): Autour des fêtes, on renonce au canonnier (Sergeï est juste trop instable) et on donne la job à Gorges, à qui on demande de jouer ça "Safe". On compense en s'appuyant de plus en plus, depuis la mi-décembre, sur Lang qui joue inversé et marque 5 de ses 8 buts en avantage numérique à partir du 21 décembre. L'ensemble s'écroule lorsque Lang se blesse; Gorges n'a juste pas le tir frappé pour compenser.

- Troisième période (de l'arrivée de Schneider jusqu'à la fin de la saison): Le sauveur est là! Les affaires reprennent en grande, mais avec un passage à vide après le congédiement de Carbo. Koivu-Tanguay-Kovalev vont repartir la machine en fin d'année.