vendredi 18 décembre 2009

Passer la gratte

Un truisme: les entraîneurs attribuent à différents joueurs différents rôles. Pour les défenseurs comme pour tout les joueurs, l'entraîneur a à confier des affectations défensives et offensives (second truisme) et, selon les aptitudes de ceux qui oeuvrent sous ses ordres, cherchera à tirer le maximum de chacun (troisième truisme). Les "rôles" attribués par l'entraîneur sont donc le reflet du jugement que porte l'entraîneur sur les aptitudes de tel ou tel joueur.

L'utilisation sur les unités spéciales est souvent utilisée comme mètre-étalon dans l'identification des rôles que tel ou tel joueur se voit attribué. C'est logique: un excellent joueur sera abondamment utilisé tant sur les unités spéciales qu'à forces égales. Mais des quels outils dispose-t-on, outre le temps de glace, pour déterminer du rôle attribué à un joueur donné?

Les zones de mises en jeu sont un premier outil que j'entends commencer à utiliser graduellement. Outre les mises en jeu suivant un hors-jeu (au demeurant relativement rares), ce sont les situations où un entraîneur prends ses décisions en fonction des rôle qu'il attribués à ses joueurs. Certains sont des spécialistes dont on n'attend aucune contribution offensive, d'autres des spécialistes dont on accepte les carences en défensive. La ventilation du nombre de présences sur des mises en jeu en fonction des zones dans lesquelles les mises se font constitue, à mon sens, une bonne façon d'évaluer la nature du rôle attribué à un joueur par son coach et la célérité avec laquelle le joueur s'acquitte de sa tâche.

Voici un premier tableau concernant l'utilisation des défenseurs à forces égales au cours des trois derniers mois.

Oct-dec.png


TGFE = Temps de glace à forces égales, Def/Off = Nombre de présences sur mises en jeu en zone défensive divisé par le nombre de présences sur mises en jeu en zone offensive, Chances/60 = Chances de marquer pour l'équipe divisé par le nombre de chances de marquer contre l'équipe lorsque le joueur est sur la glace, ramené sur une base de 60 minutes et, enfin, TVF/60 = Comme les chances de marquer, mais pour les tirs vers le filet (inclut donc les tirs bloqués, manqués ainsi que les tirs au but et les buts).

Quelques petits constats:

  • Tous ont noté que depuis son retour, Hal Gill a l'air franchement plus à l'aise. Cela semble en partie dû au fait que lui et Gorges ont perdu le rôle de premiers en ligne pour les mises en jeu en zonde défensive au profit d'Hamrlik et Spacek. Cela s'accompagne d'une exposition moindre aux meilleurs éléments et d'un temps de glace légèrement réduit.
  • Hamrlik et Spacek. Oh boy. Les deux vieux tchèques ont ramassé le contrat de pelletage lorsque monocle Gill s'est magané le pied et, à moins que Markov ne reprennes la totalité de ses responsabilités genre tout de suite, Martin semble déterminé à les cravacher jusqu'à ce que mort s'en suive. Vu les résultats, faut pas s'en plaindre.
  • Bergeron était pas trop pire aux chances en Octobre, mais il prenait deux mises en jeu en one offensive pour chaque mise en zone défensive. Puis, en Novembre, Martin a commencé à s'appuyer un peu plus sur lui et Mara, ce qui semble leur avoir fait mal. En décembre, l'équipe étant complètement débordée au niveau territorial, Bergeron a dû donner plus de coups de grattes et il semble bien que sa performances aux TVF comme aux chances en a diablement souffert. Des raisons à chercher pour le fait que dès le retour de Markov, Martin s'empresses de l'envoyer à l'avant, on en tient probablement une ici. Une de mes motivations dans l'écriture de ce texte était de trouver comment ce que je considérait comme un jeu défensif amélioré se répercutait sur certaines stats territoriales. La réponse? Pas fort fort. Imaginez si il tentait encore 12 passes transversales par match...
  • De toute évidence, Mara ou O'Byrne va tirer le jackpot et jouer avec Markov.


J'ai commencé à regarder de plus près ces chiffres après avoir suivi avec intérêt la discussion qui a eu cours suite à un billet écrit par Gabriel Desjardins sur les statistiques de plus en plus horribles affichée par l'équipe depuis le début de la saison. On y débat d'une foule de questions intéressantes, notamment de la valeur qu'est supposé avoir Markov pour l'équipe et, partant de là, de la notion de joueur de remplacement.

Sur ce dernier sujet, l'incompréhension entre d'une part les partisans du CH et, d'autre part Desjardins et Tom Awad de Puck Prospectus, me semble notamment tourner autour du fait que, peu importe la façon de calculer la chose, les partisans du CH savent instinctivement que le défenseur qui se fera tasser par Markov ne sera pas un joueur "neutre", mais bien un jambon, c'est-à-dire un joueur qui, peu importe le degré de protection qu'on lui accorde (par les présences aux mises au jeu, notamment), va se faire planter.

Or, je ne suis pas assez ferré sur les GVT pour en être certain, mais je soupçonnes que le mythique joueur de remplacement est, dans un rôle de troisième plan, capable de tenir son bout mieux qu'O'Byrne, Mara et Bergeron. C'est plate à dire pour ces trois gars-là. La pierre deux coups aurait été de muter Bergeron à l'aile gauche du quatrième trio et de sortir Laraque de l'alignement en jonglant l'aile et le centre entre Lapierre et Pyatt. On se trouverait alors, par la seule addition de Markov, à remplacer deux joueurs franchement en-deçà du statut de régulier par deux joueurs franchement supérieurs aux performances des réguliers qui occupent ce genre de poste. C'est probablement ce qui va arriver lorsque que Pouliot rejoindra l'équipe.

Je vais ramener les même chiffres pour les joueurs d'avant à un autre moment donné.

6 commentaires:

LeMatheux a dit…

Le probleme avec un joueur de remplacement n'est pas que Markov a ete remplace par un "jambon". En theorie, un joueur de remplacement est justement un jambon. Et selon la formule de M. Awad, Markov n'a pas ete remplace par un jambon: l'algorithme assignait a Bergeron une contribution de 7.6 GVT, loin en bas des 13.0 de Markov certes, et un peu en bas des 8.1 de Spacek, mais en haut des 6.1 de Hamrlik ce qui le placait au troisieme rang des defenseurs du Canadien.

Serieux. Faut dire qu'avec sa contribution en power play, Bergeron est enormement plus utile que le defenseur #6 moyen, mais quand meme...

Si je ne m'abuse, l'algorithme se contente de mesurer la contribution offensive et defensive des cinq joueurs sur la glace et de la distribuer entre les joueurs presents sur la glace. On voit deja que c'est un exercice difficile a faire precisement, mais aussi que ca ne mene pas necessairement a une mesure vs. un joueur de remplacement pour diverses raisons.

Le probleme c'est que le concept de joueur de remplacement est pas mal plus facile a faire dans un jeu comme le baseball qu'au hockey. Au baseball chaque equipe est a l'offensive a son tour et chaque joueur affronte le lanceur individuellement. Les points se marquent par accumulation de coups surs. Il est donc relativement facile de mesurer la contribution offensive d'un joueur donne par rapport a celle d'un joueur de remplacement en calculant ce que chacun d'eux pourra accomplir devant le lanceur moyen. De la meme maniere la contribution d'un lanceur peut etre mesuree relativement facilement. Il ne reste que la defense a gerer et comme les balles "vont" vers un joueur de facon assez binaire, c'est egalement calculable.

Au hockey, le jeu est constamment adversarial. Pour marquer il faut constamment tirer la couverture de son bord tandis que l'adversaire fait de meme, et ca ca ne parle pas des revirements qui peuvent instantanement transformer une situation offensive favorable en une excellente chance de marquer adverse. Le hockey ne se joue pas en duel, mais a six contre six. On a deja parle du probleme de calculer la force de l'adversaire et des coequipiers lorsqu'on mesure un joueur, mais il y a aussi le probleme que le joueur de remplacement n'ira pas tout simplement prendre la place du joueur remplace et que de refaire la distribution de taches a un effet beaucoup plus profond au hockey qu'au baseball. Ainsi, si Markov est remplace par un joueur de remplacement, on ne perd pas seulement la contribution de Markov; le defenseur jambon va entrer comme #6, ce qui veut dire que la contribution de tous les autres defenseurs sera reduite car on leur assigne des taches plus difficiles.

Donc ce qui nous reste c'est le fameux "with or without you" ou on calcule la performance d'une equipe avec ou sans le joueur en question. C'est tres aleatoire parce que generalement le joueur n'est absent que pour une petite partie des matches et il y a d'autres facteurs qui peuvent changer. Mais c'est a partir de ca que les partisans du Canadien peuvent imaginer un apport quasi-miraculeux de la part de Markov.

Olivier a dit…

Quelqu'un a fait un WOWY avec Koivu cet été, et en était ressorti fort impressionné de la contribution du Capitaine.

Ce qui m'embête avec les GVT, c'est le poid attribué aux unités spéciales, l'absence (si je ne m'abuses) de considérations de facteurs comme le % d'arrêts lorsqu'un joueur donné est sur la glace (y'a une gang de kids des Blues qui étaient supposés être des stars en défensive l'an dernier, mais ils avaient tout des % d'arrêts 50 points au-dessus de ceux de l'équipe) et l'absence de pondération pour des trucs comme, justement, les zones de départ.

Et Bergeron est un exemple parfait: le gars est un superbe spécialiste: pas un grand joueur, mais il score. Mais c'est aussi un joueur qui doit être systématiquement protégé; lorsque la marée des mises en jeu a baissé et qu'il s'est retrouvé en zone défensive plus souvent, les TVF et les Chances partent dans le drain. Je veux bien croire que c'est moi qui, ici, décide que la reltions va dans ce sens-là sans la tester plus profondément, mais disons que j'ai pas trop de scrupules à m'appuyer sur ça.

Là où Bergeron devient extrêmement utile, c'est si il tasses Laraque de l'alignement. Il ne peut faire pire à forces égales, on conserve sa production offensive sur le jeu de puissance. Celle-ci est, pour un joueur de quatrième ligne, stratosphérique et s'accomplit sans manger dans le temps de glace de tes autres joueurs d'avants sur le jeu de puissance.

Ajoutes à ça que la présence de Bergeron sur la première vague te donnes beaucoup, beaucoup plus de marge dans l'organisation du temps de glace de tes duos défensifs, ce qui en retour te permet de mieux "cacher" des gars comme O'Byrne et Mara (Gill et Gorges sont capables de se tenir debout tout seuls...).

POur lâcher le coaching de salon et revenir aux WOWY et autres trucs, je penses qu'il y a beaucoup de viande autour de l'os des mises en jeu. C'est un moment ou les coach décident de mettre tel ou tel gars, et ça peut nous donner pas mal d'indications sur ce qui se passes, sur la capacité d'un joueur à survivre à certaines affectations. Martin a parlé, au sujet de Markov, du fait que ça le forçait à donner des jobs à des gars qui n'étaient pas nécessairement capables de les faire. Il aurait probablement pu aussi dire ça de Lapierre sur la deuxième ligne (il l'a dit de Latendresse), voir même de Sergeï sur la deuxième ligne (ça va un peu vite pour lui).

Mon prochain objectif est de croiser les présences sur mises en jeu avec le temps de glace à forces égales et en avantage numérique des adversaires; l'idée est de voir quel genre de monde est affronté dans quel zone par quel joueur.

L'idée est ainsi d'identifier les rôles attribués à tel ou tel joueur.

Mais bon, une chose à la fois, eh?

LeMatheux a dit…

Koivu represente je crois un autre exemple du probleme du concept de "valeur au-dessus joueur de remplacement" comme unite de mesure. Koivu avec le Canadien a ete pour la duree de sa carriere le premier centre et la dynamo offensive, et de le perdre etait un coup dur que le Canadien pouvait difficilement se permettre parce que ca exposait ses deuxieme et troisiemes centre pas toujours solide a des minutes qu'ils ne pouvaient pas prendre. Mets Saku Koivu comme deuxieme centre, avec les Ducks, mettons, ou pire, imaginons-le chez les Penguins, et sa perte risque de ne pas avoir le meme impact puisque la profondeur a cette position n'est pas la meme.

Un autre exemple des problemes du WOWY: Brodeur qui se blesse l'an dernier et les Devils ne manquent presque pas un pas avec Clemmensen dans les buts. Que penser de la valeur de Brodeur par rapport au joueur de remplacement dans ce cas?

Et ton exemple des joueurs specialistes comme Bergeron est particulierement important: Bergeron est fantastique dans une phase du jeu et nul dans une autre. Une equipe en mesure de masquer ses deficiences, comme le Wild de l'an dernier ou le Canadien avec ses defenseurs en sante, retirera de lui un plus grand dividende qu'une equipe forcee de s'en servir comme cinquieme defenseur. Sa valeur par rapport au joueur de remplacement differe donc grandement d'une situation a l'autre.

Hawerchuk a dit…

J'ai etudie un peu la procession de minutes joues par les defenseurs quand le #1 est blesse. Je vais poster sur le sujet plus tard cet semaine.

Je ne dirais jamais qu'on sait combien de victoires vaut un joueur specifique. (Il y a des cas, comme Koivu, ou quelqu'un manque beaucoup de parties chaque saison et on peut bien l'estimer.)

Mais on sait en generale combien de victoires vaut un defenseur #1 ou #2 (2-3 victoires), un gardien moyenne pour la ligue (3-4 victoires), ou un attaquant du premier trio (1,5-2,5 victoires). Il y a des joueurs qui valent un petit peu plus, mais la plupart de la premiere ligne est dans cet echelle.

Disons par exemple que Markov vaut 4 victoires au dessus du joueur de remplacement pour les Canadiens. Il a manque 30 parties (Tom a cru qu'il jouerait seulement 68 parties cette saison), cequi coute Canadiens 1,5 victoires. La difference entre les Canadiens et le plus pire des equipes qui ont la chance a gagne la Coupe (disons Buffalo) est cinq victoires. Les Canadiens sont meilleurs quand Markov n'est pas blesse, mais ils ont besoin de 2-3 autres joueurs pour etre une bonne equipe.

Olivier a dit…

Merci de tes commentaires, Gabriel.

Je penses que beaucoup de partisans du CH voient Markov comme un joueur susceptible d'avoir un impact démesuré dans la mesure ou ils considèrent que le joueur qu'il remplace (Bergeron) n'est même pas au niveau d'un joueur de remplacement. C'est probablement injuste pour Bergeron dans la mesure où ça passes sous silence sa réelle contribution sur le jeu de puissance, mais le fait est qu'il est un des pires défenseurs du CH aux Corsi, aux Chances de marquer, et tout ça en étant celui qui a la plus grande proportionde mises en jeu en zone offensive.

Je penses qu'instinctivement, c'est là où Markov se voit attribué une valeur supérieure à celle qu'il a peut-être vraiment: Martin, pour protéger Bergeron, doit surexposer d'autres défenseurs (Gill et Gorges notamment).

Je penses qu'on pourra probablement dire la même chose de celui qui remplacera Laraque; ce dernier doit tellement être protégé qu'il force Martin à jouer à trois trios, ce qui je penses nuit à l'équipe. Mais encore une fois, on est dans le royaume de l'observation et de l'intuition, pas de la compilation et de l'analyse des chiffres :)


J'ai bien hâte de voir tes textes sur l'impact de l'absence des défenseurs #1 sur les minutes jouées!

Hawerchuk a dit…

La methode que j'utilize pour evaluer la perte d'un defenseur c'est comme ci:

Donner un numero a chaque defenseur -

Markov = 1
Hamrlik = 2
Spacek = 3
Gorges = 4
Gill = 5
Mara = 6
O'Byrne = 7
Bergeron = 8
Autres = 9

Pour chaque jeu, multiplier ce numero par le temps sur glace pour chaque joeur. Diviser cela par le montant totale de temps joue par tous les defenseurs. Cela te donne le defenseur moyen.

Dans les deux parties que Markov a joue, Hamrlik n'a pas joue, alors le defenseur moyne c'est 4,4 et 4,45 (c'est rare que cet numero est moins que 3,3 pour une equipe avec deux #1 - e.g. Pronger/Niedermayer). Quand Markov n'a pas joue, c'est 4,72. Meme si on dit que Bergeron c'est un 9, c'est encore un defenseur moyen de 4,79. D'apres cette analyze, le joeur de remplacement pour les Canadiens est au-pre-pres le defenseur #7.